Théorie et pratique stoïcienne (3) L’éthique stoïcienne : la tranquillité de l’âme

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  • Cet article concerne l’aspect le plus important du Stoïcisme, pour nous modernes : l’éthique. Tout d’abord, nous allons voir ce qu’est l’objectif de cette morale : Epictète nous éclaire dans le Manuel : « Commence donc par les petites choses. On gaspille ton huile, on vole ton vin ? Dis-toi : c’est le prix de la tranquillité, c’est le prix d’une âme sans trouble. » (XIII, 2) L’objectif de l’attitude stoïcienne est donc ce qu’on appelle en grec l' »ataraxia » : une âme sans trouble, la sérénité, la « tranquillité ».
  • Comment y parvenir ? Sénèque nous éclaire dans ses « Lettres à Lucilius » et dans d’autres traités qu’il a rédigé sur le chemin à parcourir. Mais nous nous concentrerons essentiellement sur le Stoïcisme d’Epictète et de Marc Aurèle, car les recueils attribués à ces auteurs sont concis et efficaces, laconiques et que l’on peut mettre en pratique de manière plus rapide tandis que ceux de Sénèque demandent plus de temps : toute une vie (je conseille toutefois justement la lecture de ses ouvrages pour ceux que ça intéresse).
  • Epictète nous éclaire dans le Manuel : « Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non. » (I,1) Distinguer ce qui est en notre pouvoir de réaliser et ce qui ne l’est pas, voilà le commencement de l’éducation philosophique selon Epictète. « Donc, rappelle-toi que si tu tiens pour libre [en ton pouvoir] ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t’est étranger [n’est pas en ton pouvoir], tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté ; tu en voudras aux hommes comme aux dieux ; mais si tu ne juges tien que ce qui l’est vraiment – et tout le reste étranger –, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route ; tu ne t’en prendras à personne, n’accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré, personne ne pourra te faire de mal et tu n’auras pas d’ennemi puisqu’on ne t’obligera jamais à rien qui pour toi soit mauvais. » La source de nos troubles est bien souvent dans le fait de vouloir contrôler ce qu’on ne peut contrôler, remarque Epictète. Ainsi, l’on peut se mettre en colère si l’on échoue dans une entreprise, comme si l’on voulait que quelque chose qui n’est pas en notre pouvoir (le passé) soit en notre pouvoir, par exemple. Alors que l’on peut apprendre de nos erreurs passées pour ne plus les commettre à nouveau, en restant paisible. En fait, il y a une autre distinction à faire en arrière plan de la distinction « ce qui est notre pouvoir »/ »ce qui n’est pas en notre pouvoir » pour bien comprendre la pensée stoïcienne.
  • Les Stoïciens distinguent le bien et le mal des choses qui ne sont ni bonnes ni mauvaises moralement. Ainsi, le plus grand bien qui est même le seul bien est la vertu/l’excellence du caractère. Les quatre principales vertus à développer pour un Stoïcien sont la justice, le courage, la tempérance et la prudence. En découlent d’autres vertus comme la patience, la sociabilité, … Ce sont les seules choses à rechercher dans nos entreprises. Et les conséquences de ces vertus sont pour les Stoïciens le plaisir, la sérénité, la joie. Tandis que les vices opposés à ces vertus et celles qui en découlent sont les seules choses à éviter dans nos entreprises. Entreprises qui doivent être dirigées vers des choses « indifférentes », c’est à dire ni bonnes ni mauvaises dans ce qui dépend de nous : viser le bien commun dans ce que l’on veut réaliser, c’est développer des vertus en nous. Le résultat de notre action n’est ni bon ni mauvais, il est chose indifférente, mais tout de même préférable ou non. Ainsi il y a parmi les choses indifférentes, certaines qui sont préférables telles que la vie, santé, la richesse, la beauté, l’éloquence, la connaissance des choses indifférentes, et d’autres qui ne sont pas à préférer comme la mort, la maladie, la pauvreté, la laideur, etc. Cependant, la vertu est toujours plus importante que ces choses indifférentes. Par conséquent il vaut mieux vivre en étant vertueux et donc dans l’absence de trouble que vivre dans l’abondance de richesse et de pouvoir en étant vicieux et donc en ayant une âme troublée.
  • Concrètement, si vous désirez vivre dans la sérénité, il faut que vous ne désiriez qu’une seule chose : la vertu : avoir de bonnes dispositions morales dans tout ce que vous entreprenez, en considérant le reste comme de moindre importance, tout en visant ce que vous préférez mais avec un certain recul par rapport aux choses autres que les biens de l’âme. Ainsi vous pouvez chercher le prestige, la gloire, donc la bonne réputation, la réussite sociale, mais, si vous considérez ça comme la chose la plus importante pour vous, selon Epictète, vous vivrez dans le trouble : si vous ne parvenez pas à obtenir l’objet de votre désir, vous serez triste inévitablement, tandis que si vous le considérez comme quelque chose de simplement préférable mais comme moins important qu’une bonne disposition morale, alors vous vous en remettrez plus vite. Avec de l’entraînement, vous pourrez dire avec Marc Aurèle, l’auteur des « Pensées pour moi-même » : « Les choses n’atteignent point l’âme, mais elles restent confinées au dehors, et les troubles ne naissent que de la seule opinion qu’elle s’en fait. » Livre IV, 3)

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