La Justice : la métaphore Marc-Aurélienne du taureau

Taureau

-Etre Juste, n’est-ce pas agir de façon responsable, montrer l’exemple, « veiller sur son troupeau », ?

-Réfléchissons ensemble sur un beau passage des Pensées pour moi-même de l’empereur-philosophe Marcus Aurelius :

Livre XI

18. « Premièrement. Quelle est ma position à l’égard des autres hommes ? Nous sommes faits certainement les uns pour les autres ; mais, sous un autre rapport, je suis né pour être à leur tête, comme le bélier est à la tête des moutons, et le taureau à la tête de son troupeau. Pars encore de ce principe plus élevé que, si ce ne sont pas les atomes qui gouvernent l’univers, c’est la nature ; ce principe admis, il en résulte que les êtres inférieurs sont faits pour les êtres supérieurs, et que ces derniers sont faits réciproquement les uns pour les autres.

Secondement. Examine ce que sont les hommes dans tous les détails de la vie, à table, au lit, etc. Rends-toi compte surtout des nécessités que leur imposent certaines idées, et vois avec quel orgueil ils font tout cela.

Troisièmement. Dis-toi toujours que, si les hommes se conduisent bien, il n’y a point apparemment à leur en vouloir, et que, s’ils se conduisent mal, il est clair qu’ils le font sans intention et par pure ignorance ; car, de même qu’il n’est pas une âme qui se prive de la vérité autrement que contre son propre gré, de même il n’en est pas non plus qui se prive volontairement de traiter chacun selon son mérite. C’est là ce qui fait que les gens se révoltent quand on les traite d’injustes, d’ingrats, d’avares, en un mot, quand on leur reproche quelque méfait à l’égard de leur prochain. »

-Nous retrouvons là l’élément de la réflexion de notre précédent article sur le fait de s’ajuster, de trouver sa juste place dans la société, parmi nos semblables, ainsi, si l’on est né pour être « à la tête du troupeau », peu importe notre troupeau, le groupe d’humains que l’on sert, aide ou protège, selon notre métier par exemple, il faut s’ajuster à ce rôle; Quoiqu’il en soit se demander, s’interroger sur notre place, notre « position à l’égard des autres hommes » est une interrogation Marc-Aurélienne, et nous alors ?

-Enfin, Marc Aurèle parle des insensés dans le paragraphe qui suit, des « non-philosophes, des non-stoïciens », ou en tout cas des personnes qui se comportent de façon non sensée, car ce n’est jamais le titre ou l’habit qui fait le philosophe, encore moins le stoïcien. Marc Aurèle nous invite à méditer sur ce type d’attitude, et sur l’orgueil qui peut être ajouté à cette attitude…

-Enfin, il démontre à l’aide d’une image rhétorique frappante à quel point les vertus vont dans le sens de ce qui est bon pour la nature humaine et et les vices dans le sens de qui lui est nuisible et qui dénature l’humain …

-Ainsi, les êtres supérieurs seraient les Hommes vertueux, et les inférieurs, les autres, au plus bas les insensés, si l’on s’en tient au premier paragraphe. Le troisième paragraphe nous amène à cette réalité par une image frappante : en effet, c’est dans la nature de chaque être humain que de préférer être teinté des nobles vertus, c’est dans la nature de chaque être humain que de répudier les vices, puisque nous sommes des animaux sociables par nature, la vertu est ce qui est le plus propre à notre nature, bien qu’elle ne soit jamais acquise que par une attention constante ? Du moins par l’habitude de ces dites vertus, comme le soutenait Aristote, et les stoïciens le confirment.

-La Justice consiste donc à agir en humain responsable, qui veille sur autrui, qui veille sur ses propres vices afin de les écarter car ils dénaturent l’âme de celui qui en est victime, car les vices sont toujours des choses dont on est victime malgré soi, que l’on subit, les vices sont contraires à la liberté. Bien que les philosophes ne s’accordent pas tout sur qu’est-ce qu’un vice ou une vertu (pour Spinoza, il me semble que c’est assez différent, mais ce qui compte c’est toujours de toute façon ce que l’on incarne, peu importe notre philosophie pratique, nos ressources personnelles, qui ne sont que des outils pour incarner qui nous sommes véritablement, épuré des aliénations, des vices, des passions tristes, des illusions, des fausses croyances, des croyances qui ne sont pas justes, qui ne sont pas ajustées, afin de s’ajuster à notre nature, s’ajuster à la nature, et rendre son âme juste, pour faire advenir un monde plus juste.

Musique inspirante : « L’art est un moyen de triompher du chaos. » (John Cheever)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s