Qu’est-ce que l’iconoclasme ?

Partie supérieure du mihrab (niche de prière) de la Grande Mosquée de Kairouan (en Tunisie), la concavité de la demi-coupole est ornée d’arabesques végétales.

L’iconoclasme (des mots grecs εἰκών eikôn « image, icône » et κλάω klaô « briser ») ou iconoclastie est, au sens strict, la destruction délibérée d’images, c’est-à-dire de représentations religieuses de type figuratif (appartenant souvent à sa propre culture) et généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette la vénération adressée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie (ou iconodoulie).

Une même religion peut passer de l’aniconisme à l’iconisme (qui peuvent être l’un et l’autre globaux ou sélectifs), puis à l’iconophilie, en traversant des crises d’iconophobie  (fait d’être opposé, en théorie, aux images), l’attitude des iconophobes n’impliquant pas nécessairement, en pratique, une iconomachie (lutte contre les images, les représentants de cette attitude étant qualifiés d’iconomaques) ou une iconoclastie (destruction des images)2.

Dans un sens second et récent (fin du xixe siècle), le terme iconoclaste (adjectif ou nom) désigne une attitude ou un comportement d’hostilité manifeste aux interdits, normes et croyances dominantes ou autres valeurs « intouchables ».

L’iconoclasme existe depuis l’Antiquité. Dans l’Égypte pharaonique, il n’était pas rare de voir les statues des pharaons divinisés détruites par leurs successeurs (ex. : destruction de statues de Hatchepsout par son successeur Thoutmôsis III).

L’interdit de la représentation est présent dans le monothéisme juif bien avant l’ère chrétienne. Cet interdit sera repris lors de l’apparition des autres monothéismes, chrétien puis musulman.

Pour Edgar Allan Poe, dans sa « Petite discussion avec une momie » même le culte dit des idoles s’adresse à des abstractions représentées par des statues dans un rapport que nous dirions en sémantique moderne du signifiant au signifié. Cicéron dans Des Devoirs et Sénèque dans ses Lettres à Lucilius ont également cette vision du panthéon gréco-romain, tout en reconnaissant qu’en des temps antérieurs aux leurs sa vision ait pu être plus littérale.

Le film Le Message fait présenter le même argument par les Mecquois devant le roi d’Abyssinie, qui admet sans prendre position qu’on a sans doute souvent caricaturé l’idolâtrie.

Jean d’Ormesson mentionne une lettre papale des premiers temps à un évêque de Massilia ayant fait détruire les statues de son diocèse disant en substance : « Tu as eu raison de ne pas vouloir que les fidèles vénèrent les images du sacré. Tu as eu tort, en détruisant ces images, de priver ces fidèles qui ne savent pas lire de la connaissance de ce qu’ils devaient vénérer ».

La question théologique de la représentation du divin traverse les trois monothéismes. Tous trois attribuent à la divinité la propriété de transcendance, qui la situe au-delà de l’humanité telle qu’on la représente.

Dans le judaïsme comme dans le christianisme, l’interdiction de représenter une figure divine vient formellement du second commandement de Dieu qui est le suivant dans la Bible :

« Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punit l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fait miséricorde jusqu’à mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements. »

— Exode 20:4-66

« Petits enfants, gardez-vous des idoles. »

— 1 Jean 5:217

Pourtant, le christianisme produisit assez tôt des images. Il ne s’agit pas d’idoles mais d’icônes, associées au culte du Dieu unique. Dès avant la crise iconoclaste, l’Église formule des avis sur le statut des images : c’est la théologie de l’icône, qui règle le culte et vise à éviter les dérives idolâtriques.

« Car, sachez-le bien, aucun impudique, ou impur, ou cupide, c’est-à-dire, idolâtre, n’a d’héritage dans le royaume de Christ et de Dieu.» Ep. 5:5

Aujourd’hui, dans le langage commun, on appelle « iconoclastes » ceux qui vont à l’encontre des idées communément reçues, ou qui refusent la tradition, notamment lorsque leur engagement les pousse à détruire ou à profaner des idoles, au sens propre ou au sens figuré.

La Torah met clairement en garde contre toute forme de représentation.

« Tu ne te feras point d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre. »

— Exode, 20, 3 paracha Yitro

Pour autant, dans le Livre de l’Exode, Dieu lui-même, quand il donne à Moïse les consignes pour la construction de l’Arche d’Alliance, ordonne qu’aux deux extrémités du couvercle (propitiatoire) de cette dernière y figure Deux chérubins en or battu étendant leurs ailes.

« Tu feras deux chérubins d’or, tu les feras d’or battu, aux deux extrémités du propitiatoire »

— Exode, 25, 18

Pendant la Révolution française, en 1793, ont lieu des destructions d’œuvres d’art religieuses que l’abbé Grégoire dénonce sous le terme de vandalisme. Il invente ce terme dans un rapport présenté à la Convention le 14 fructidor an III à propos de la protection des inscriptions romaines de la Gaule :

« On ne peut inspirer aux citoyens trop d’horreur pour ce «vandalisme» qui ne connaît que la destruction. »

À la suite de ces multiples bouleversements politiques qui ont fait chavirer les arts, tantôt dans la barbarie patriote, tantôt dans la conservation politique et historique, la grande rupture reste celle du 9 thermidor. Robespierre et son gouvernement révolutionnaire n’est plus et cela marque une rupture définitive entre le mouvement populaire et la bourgeoisie. Ensuite, la période thermidorienne de la Convention, consacre la majeure partie de son temps à discréditer la période précédente et renier la politique robespierriste.

Enfin, en 1795 le terme « vandalisme » perd sa signification car il n’a plus qu’une fonction rétrospective et illustre une période déchue, un temps historique écoulé. Il y a bien sous le Directoire quelques critiques de ces institutions muséales considérées comme « l’œuvre de ce vandalisme qui sera de tout temps la honte des révolutionnaires » comme le dit le sculpteur Deseine. Même si le terme est tombé en désuétude, le mouvement de destruction ne s’est pas atténué sous le Directoire. Mais ce qui a changé, ce sont les raisons de ces actes, les iconoclastes deviennent donc des spéculateurs qui sont plus attirés par la matière que par l’aura d’une œuvre, qui débouche finalement vers des raisons pécuniaires. Dans ce nouveau gouvernement de directeurs, l’iconoclasme idéologique comme nous l’avons approché dans cette contextualisation des faits s’exprime d’une autre manière dans les grands rassemblements et plus particulièrement lors des fêtes révolutionnaires.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Iconoclasme

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