Vivre en accord avec la nature : Accepter le caractère éphémère de la vie

Anakin refusant et s’opposant aux lois naturelles dans Star Wars 3, « La revanche des Sith » face à Obi-Wan, plus avancé en sagesse qui tente tant bien que mal de le ramener à la raison

Comment vivre « en accord avec la nature » ?

-D’après les philosophies stoïciennes et épicuriennes, qui sont des philosophies du bonheur, le bonheur consisterait à « vivre en accord avec la nature », ou « suivre la nature ».

-Mais que signifie cette expression ? Et par où commencer, pour nous modernes, pour comprendre ce que les philosophes antiques comprenaient par là ? Est-ce toujours valable ?

-Quoiqu’il en soit, toute école philosophique confondue, ce qui est compréhensible pour nous tous et qui est certain je dirais que la nature, c’est l’univers, le monde tel qu’il est, et qui est régi par des lois, non pas les lois de la cité, mais les lois de la physique. Ainsi, il est inévitable que tout ce qui vit va mourir, il est donc nécessaire pour le bonheur que de vivre en accord avec cette loi par exemple, celle de la finitude de l’existence, et de vivre en fonction de cette loi, que ce soit dans l’optique stoïcienne ou épicurienne.

-« La crainte de la mort est la source de tous les autres troubles de l’âme » disait le philosophe Epicure, au 3 ème siècle avant notre ère. Ainsi, les troubles intérieurs, souffrances de l’âme, sont directement liées à notre rapport avec ces lois de nature, car les rejeter, c’est refuser le réel, et moins on accepte cette réalité et plus on la désire autrement que ce qu’elle est, sans que ce désir soit satisfait, plus on souffre.

-Apprendre à accepter sa propre mortalité, sa finitude, à « composer avec », serait déjà accepter une des lois de nature (universelle donc) et vivre en accord avec la nature, la nature de l’univers, et la nature humaine, et ce peu importe la philosophie de laquelle on se revendique ou de la religion, ou non d’ailleurs.

-« Apprendre à vivre, c’est apprendre à mourir » dira Montaigne, philosophe de la Renaissance, qui fera siennes les philosophies stoïciennes, épicuriennes et socratiques.

-Vivre selon les lois naturelles, c’est aussi, ce qui est peut-être bien plus difficile, accepter le caractère éphémère de toutes choses, y compris la perte d’êtres chers.

-Une bonne illustration est la figure d’Anakin Skywalker dans Star Wars III : La revanche des Sith : Anakin Skywalker adopte l’attitude de quelqu’un qui refuse les lois de nature (comme n’importe qui), notamment la mort-en l’occurence, d’un de ses proches : de sa mère mais de façon très exagérée, puis par la suite la crainte exagérée de perdre sa femme, il est pris de passions tristes, emporté par elles, refusant l’ordre des choses, désirant l’impossible, et on peut voir notamment dans ce film le sort qui lui est réservé de par cette attitude : il s’enfonce dans le malheur l’hostilité et les souffrances et refuse de s’en rendre compte.

-Tandis qu’Obi-Wan tente de le ramener à la raison, il ne fait que son devoir en s’opposant à sa rebellion et sa déraison, attitudes contraires à la philosophie des jedi, ordre fictif qui n’est pas sans rappeler les philosophies épicuriennes, stoïciennes, bouddhistes, taoïstes… Obi-Wan a quant à lui, une attitude « conforme » à la nature, il n’a pas d’autre choix que de combattre l’attitude insensée de son ancien disciple Anakin.

-Le personnage d’Anakin Skywalker représente un « contre-modèle » : il nous montre ce à quoi mène l’attitude de ne pas vivre selon les lois naturelles : Voici un extrait vidéo d’une scène de cet épisode : https://www.youtube.com/watch?v=rM3ZOWAnegk

-Une belle illustration de Sénèque issue de son livre « De la colère » qui décrit le phénomène de la passion triste de la colère de celui qui s’opposerait aux lois de nature, ici particulièrement, comme Anakin, par la colère (excessive et durable-on pourrait dire la haine) :

« Pour vous convaincre que l’homme ainsi dominé n’a plus sa raison, observez l’attitude de toute sa personne : de même que certains délires ont pour signes certains le visage audacieux et menaçant, le front rembruni, l’air farouche, la démarche précipitée, des mains qui se crispent,le teint qui s’altère, une respiration fréquente et convulsive, tel paraît l’homme dans la colère.

Ses yeux s’enflamment, étincellent ; son visage devient tout de feu ; le sang pressé vers son coeur bout et s’élève avec violence ; ses lèvres tremblent, ses dents se serrent ; ses cheveux se dressent et se hérissent ; sa respiration se fait jour avec peine et en sifflant ; ses articulations craquent en se tordant ; il gémit, il rugit ; ses paroles entrecoupées s’embarrassent ; à tout instant ses mains se frappent, ses pieds trépignent, tout son corps est agité, tout son être exhale la menace : hideux et repoussant spectacle de l’homme qui gonfle et décompose son visage. »

-Cette description de Sénèque qui traite de la passion particulière qu’est la colère illustre assez bien le caractère du personnage d’Anakin Skywalker qui s’oppose à l’ordre des choses, comme nous pouvons le voir dans le film, l’extrait vidéo publié précédemment, ou la photo en haut de l’article.

-Tandis qu’à l’inverse, beaucoup de textes écrits par l’empereur philosophe Marc Aurèle par exemple, permettent d’entretenir un certain accord avec la nature et ses lois, notamment ce passage : « Ce concombre est amer. — Laisse-le. — Il y a des buissons sur le chemin. — Laisse-les ; cela suffit. Ne dis pas en outre : pourquoi de pareilles choses existent-elles dans le monde ? Tu prêterais à rire à un naturaliste, de même que tu prêterais à rire à un charpentier et à un cordonnier si tu te plaignais de voir dans leur atelier des copeaux et des rognures. Encore ces ouvriers ont-ils où jeter ces débris ; mais la nature universelle n’a rien en dehors d’elle. Ce qu’il y a d’admirable dans son art, c’est qu’enfermée dans les limites qu’elle s’est tracées, elle transforme en elle-même ce qu’elle contient qui semble dépérir, vieillir et devenir inutile. De tout cela elle fait des choses nouvelles, pour n’avoir besoin ni de matière empruntée au dehors ni d’un endroit où jeter sa pourriture. Elle se contente de l’espace et de la matière qui lui appartiennent, et de l’art qui lui est propre. »

Mieux qu' »accepter » la nature et ses lois, Marc Aurèle exerce son âme à « vouloir » l’ordre naturel et donc l’ensemble des événements qui constituent le trame de son existence : « Aimer seulement ce qui t’arrive et ce qui est dans ta destinée. Où trouver en effet rien qui te convienne mieux? » (Pensées, VII, 57).

Ainsi les méditations stoïciennes ou épicuriennes, des philosophie antiques du bonheur sur la nature et ses lois (la physique) permettent d’entretenir un accord serein avec les lois naturelles, avec le réel, en somme.

« Si la vie n’est qu’un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs.»▬ Michel de Montaigne (28 février 1533 – 13 septembre 1592, grand lecteur des philosophies antiques du bonheur)

-Cet article fait suite à une question de l’auteur du blog suivant : https://unregardstoicien.com/

-Posée sur le groupe Facebook « Stoïcisme contemporain », groupe de l’association Stoa Gallica, qui promeut un stoïcisme contemporain, dont voici le site : https://stoagallica.fr/

-Je recommande la lecture de Epicure « Lettre à Ménécée », Marc Aurèle « Pensées pour moi-même », Sénèque « De la colère » (écrits de l’Antiquité) et un auteur plus proche de nous : Montaigne et ses « Essais » (écrit de la Renaissance) ainsi que le film « Star Wars III : La Revanche des Sith » qui permet de bien illustrer cette question.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s