L’Acceptance sereine des choses hors de contrôle

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-Pour moi, l’exercice psychologique le plus important et bénéfique est l’acceptation/amour du destin. Il est commun à toutes les religions et spiritualités, il est donc l’acte spirituel, la disposition intérieure, le plus universel. Il permet d’être en paix avec son passé, son présent et son avenir, rien que ça !

On peut même s’y exercer quotidiennement, et de manière pointilleuse ! C’est ce que je fais parfois en pratiquant la « pleine conscience stoïcienne » : il s’agit de bien distinguer ce qui est en notre pouvoir de ce qui ne l’est pas. Et, je pense que la plupart de gens, en prenant conscience de cette distinction, se rendront alors compte qu’ils se préoccupent trop de ce qui n’est pas en leur pouvoir et donc négligent ce qui est en leur pouvoir.

On peut par exemple en s’inspirant des enseignements d’Epictète, pour qui la philosophie était une manière de vivre et non un ensemble d’opinions rigoureuses, se représenter l’univers comme déterminé, c’est à dire que les choses ne pouvaient arriver autrement et qu’il est mieux qu’il en soit ainsi (chacun voudrait changer le monde, mais chacun le changerait d’une manière qui déplairait à d’autres, pourquoi personne ne voudrait le rendre exactement tel qu’il est en ce moment-même ?) : Epictète nous invite à voir ce qui se passe dans le cosmos comme une très grande fête où nous avons été invité par le dieu qui en est à l’origine, et comme un scénario de théâtre dans lequel nous sommes des acteurs, et où nous ne choisissons pas nos rôles, mais où nous devons accepter la volonté du réalisateur : il précise que nous pouvons toujours agir sur une minime sphère de liberté : notre voix, bien que nous choisissions pas nos costumes, notre classe sociale, notre physique.

Ce sont des images frappantes, images par lesquelles nous pouvons prendre conscience du déterminisme cosmique en lequel croyaient les stoïciens, croyance qui a pour résultat la sérénité de l’esprit et le détachement lorsque nous sommes trop épris des choses éphémères qui nous entourent.

Il s’agira dans cet exercice psychologique/spirituel/mental/philosophique, de « vouloir les choses telles qu’elles arrivent et non telles qu’on voudrait qu’elles arrivent. » On peut par exemple se remémorer les événements du passé et se dire « c’est comme ça qu’il fallait que ceci se déroule. » en les considérer comme « indifférents » c’est à dire de peu d’importance au vu des dispositions de notre esprit. A force, l’on pourrait se rendre compte que la seule chose qui faisait défaut était le regard que nous portions sur les choses, et non les choses extérieure à nous en elles-mêmes …

Puis, « revenir » au présent, en regardant notre situation extérieure : lieu, relations, situation économico-sociale, habitat, activités, « rôles » (citoyen, père, frère, fils …), corps, émotions, représentations mentales (pensées) jusqu’à nos jugements, qui seuls sont entièrement contrôlables. En prenant du recul sur cette situation, en la « regardant d’en haut », on peut relativiser sur ce qui nous y dérange, ce qui nous obsède, ce qui nous y inquiète, en considérant que toutes ces choses peuvent arriver à n’importe qui, bon ou mauvais, et que donc elles sont indifférentes par rapport à l’essentiel, au véritable bien qui est le bien de l’âme et non une chose extérieure.

Enfin, l’on peut se dire que nous sommes prêts à accepter toute situation future, favorable ou défavorable, avec la même acceptation du destin, ce qui aura d’ailleurs certainement pour effet d’améliorer ce « destin » bien que ce ne soit pas le but recherché, le but recherché étant de mieux accepter ce sur quoi nous n’aurons pas de contrôle à l’avenir, en l’anticipant, mais en considérant que notre disposition intérieure est la chose dont nous devons le plus prendre soin afin de mieux vivre peu importe les circonstances.

Puis, à chaque événement, l’on peut s’exercer à distinguer ce qui est notre pouvoir de ce qui ne l’est pas, en sachant quelle attitude est la meilleure à avoir dans l’un et l’autre cas : énergie, courage, prudence, modération, organisation, volonté, motivation et toute autre qualité qu’on admire chez autrui; dans ce qui est en notre pouvoir. Acceptation, sérénité, indifférence, mépris, absence d’angoisse, d’inquiétude, d’anxiété, de trouble, d’attachement excessif pour ce qui ne relève pas de notre champ d’action.

Cela ne dépend pas de ma volonté ? Alors c’est la volonté de la Nature, je ne peux rien y faire. Pourquoi s’offusquer contre la volonté de Dieu ? Si c’est la volonté de Dieu, qui suis-je, moi, pour m’y opposer ? Plutôt changer l’ordre de mes désirs que l’ordre du monde, disait le philosophe français René Descartes.

Cela dépend de ma volonté ? Alors je dois faire de mon mieux pour bien participer à l’harmonie de l’ensemble, comme une note de musique dans une mélodie, puis je laisse sereinement la place à la prochaine note.

Présentation de livre (2) : « Pensées » de Marc Aurèle

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. Les Pensées de l’empereur philosophe Marc Aurèle sont caractérisées par la volonté de leur auteur d’avoir l’esprit fort et serein, toujours combatif, en toutes circonstances. Il faut qu’il soit toujours apte à assumer ses devoirs sociaux qui sont en même temps les devoirs que lui propose la Providence. Ainsi, la vie « ressemble à un combat de lutte ». Et elle passe rapidement, tout s’écoule, tout coule … Tout s’évanouit, tout disparaît à la fin … Voilà pourquoi il faut faire un sage usage de son temps. Et considérer les plaisirs qui attirent nos « sollicitations corporelles » avec mépris et dédain, afin de s’élever au-dessus d’eux, d’être libre, de toute flatterie également ainsi que de toute critique issue de l’ »hegemonikon » d’autrui. La pensée de la mort revient sans cesse pour rappeler à l’âme qu’elle ne doit pas s’imprégner de pensées futiles et basses, les accidents du dehors ? L’âme doit être impassible vis-à-vis d’eux, et toujours jouir de sa vertu, afin d’être imperturbable face aux coups du sort. D’ailleurs, si des accidents perturbaient trop l’âme, elle pourrait elle-même se donner sa fin ultime. « De la fumée ? Je m’en vais. »

. Marc Aurèle rappelle également les pouvoirs qu’a l’esprit humain, qui est une parcelle du dieu omniscient : il peut choisir à son gré son opinion, la modifier quand il veut, puisque c’est elle la source de ses troubles, et surtout l’esprit a la capacité d’être indifférent, impassible vis-à-vis de son passé, de son futur, afin de se concentrer exclusivement sur le moment présent. L’homme est un être sociable, son cadre est social et sa finalité l’est également. La méditation doit lui servir à mieux supporter ses relations sociales, à en faire meilleur usage, à éviter avec « bienveillance » les personnes apparemment nuisibles et à fréquenter des modèles de sagesse. Sérénité est le mot d’ordre, ou plutôt « ataraxia », qui signifie « absence de troubles » : en effet, le sage se doit, d’après la pensée stoïcienne, de se mettre à l’abri des coups du sort afin de rester droit, actif, combatif, même sous la tempête, jusqu’à sa mort. Ou bien il y a « un Dieu, et tout est pour le mieux », ou bien « tout va au hasard. Dans ce dernier cas, ne te laisse pas toi-même aller au hasard ». Le monde est ou bien un chaos, et croire cela serait insensé, ou bien un ordre déterminé par une Intelligence supérieure, ce qui est beaucoup plus probable, sinon qu’ai-je à faire ici à part me préparer à mourir ? Ainsi donc, il n’y a pas à se troubler puisque tout est déjà prévu dans les fils de la destinée, je ne puis changer mon destin, mais uniquement mon hegemonikon, qui ne doit être celui ni d’un tyran, ni d’un faible, ni d’un esclave, mais celle d’un homme de bien, et plutôt que de parler de ce que doit être l’homme de bien, mieux vaut commencer à l’être enfin.

. Ainsi, les tremblements de terre, les trahisons, les guerres, les maladies graves, la peste, et toutes ces choses « indifférentes » ont été des matières pour que Marc Aurèle s’exerce à la vertu. Il a suivi sa nature et l’ordre de la Nature, mais son fils ne suivra pas le même chemin et deviendra un tyran. Et l’histoire se répète : comme de la cendre qui tombe de l’encens, cela arrivera, à la vitesse que cela prendra, cela n’a aucune importance, seul l’esprit peut se rendre libre dans cet ordre cosmique. Et s’il n’y arrive pas, c’est à lui-même qu’il se fera du mal, puisque le mal ne peut venir pour l’homme que de lui-même, étant donné que chacun a la capacité de suivre la nature universelle en acceptant, en voulant même, ce qui arrive ainsi que sa propre nature en l’accordant, en l’adaptant à la Nature. Notre nature est sociale et rationnelle, et la raison ne dit rien d’autre : les bienheureux suivent volontairement leur destin, les insensés s’en plaignent. Pourtant, au final, qu’est-ce que leurs plaintes changeront ? Nous nous retrouverons tous sous terre, et ce très bientôt, et cela n’est ni bien ni mal, ni terrible, ni superbe, mais c’est un fait, et ce rappel peut avoir des effets bénéfiques comme celui de modifier notre attitude envers la vie en considérant ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas… Une invitation à ne pas tout prendre au sérieux donc, et à revaloriser ce qui a de la valeur en méprisant ce qui n’en n’a au fond, aucune … Le sage ne reste pas dans un temple à méditer ici, il trouve une retraite en son âme au moment qu’il le souhaite, que ce soit avant ou après la bataille par exemple, en exerçant ses fonctions d’empereur ou d’autres, puisque beaucoup de ses inspirations sont issues des leçons d’Epictète, un esclave affranchi et maître en philosophie stoïcienne décédé un peu plus tôt. Le but de ces deux philosophes étant de vivre de la meilleure des manières, d’une manière qui sied à ce que nous sommes, pour mourir « véritablement apaisé, le coeur plein de gratitude envers la divinité ».

Pratique stoïcienne (3) Donner peu d’importance aux choses de peu d’importance (biens illusoires et véritables biens)

  • maxresdefault.jpgDans le courant de l’école philosophique stoïcienne, on considère le bien ultime comme une qualité de l’esprit permanente, une disposition doublée d’une habitude : l’excellence intérieure. (arêté en grec, traduit parfois par « vertu »). C’est la seule chose, d’après eux, qui est nécessaire au bonheur, à une vie épanouie. Cette excellence est à la fois une et multiple : les Stoïciens en distinguent, à la suite de Platon, 4 fondamentales : Justice, Tempérance, Courage et Sagesse. Toutes les autres découlent de celles-ci. Ils vont jusqu’à dire que c’est le seul véritable bien et que le reste est secondaire, de peu d’importance (« indifférent », adiaphoron en grec)
  • Cela implique que l’Homme est la plupart du temps dans l’illusion, « insensé » : il considère la richesse, les biens matériels, les plaisirs corporels, la beauté, en un mot tout ce qui dépend de l’aléatoire, comme des véritables biens. Marc Aurèle donne une critique de cette illusion dans ses Pensées pour moi-même (Livre V, p41) : « Quelle est la nature de ce que le vulgaire prend pour des biens, tu peux par ceci t’en rendre compte. Si un homme conçoit certaines choses données comme étant de vrais biens, par exemple la sagesse, la tempérance, le courage, une fois qu’il les aura ainsi conçues, il ne pourra plus entendre ces vers : « Il a tant de choses … » Ce trait sonnerait faux. Mais s’il conçoit comme biens ce que la foule regarde comme tels, il pourra entendre et facilement accepter, comme dit à propos, ce mot du comique. La foule aussi se fait la même idée de cette différence. Dans le premier cas, en effet, ce vers la choquerait et en serait rejeté, tandis que, s’il s’agit de la richesse et des heureux avantages qui assurent une vie luxueuse ou la célébrité, nous l’admettons comme exact et bien dit. Poursuis donc et demande-toi s’il faut estimer et envisager comme des biens ces choses qui, si on les considérait proprement, amèneraient leur possesseur à un tel état de magnificence « qu’il ne saurait plus où aller à la selle ! ». Ainsi ce que l’on considère comme des biens n’en sont pas et c’est cette considération, d’après les Stoïciens, qui est à la fois illusion et source de troubles. C’est donc plus exactement l’importance que l’on donne aux choses qui leur donne un pouvoir sur nous. Celui qui n’accorde une grande importance qu’à sa propre attitude morale face aux choses et non aux choses elles-mêmes par exemple, dépendra nécessairement moins des choses auxquelles il accordera moins d’importance : ainsi si quelqu’un considère la richesse comme secondaire, le plaisir comme secondaire, l’approbation des autres comme secondaire, il sera forcément moins troublé par la diminution ou l’augmentation de ces choses-là qui dépendent de l’aléatoire. Cependant s’il les considère comme secondaires et de peu d’importance par rapport à son comportement moral qu’il considère comme plus important, alors il ne sera pas obsédé par l’approbation d’autrui et donc ne sera pas esclave des autres. De plus, les véritables biens le rendront plus heureux : être plus sage, courageux, juste et tempérant/ordonné, n’est-ce pas un bien que l’on emporte partout avec nous ? Tandis que le reste est éphémère.
  • Epictète nous éclaire un peu plus sur cette théorie dans « les Entretiens » (édition Vrin, Livre III, ch.20 « Qu’il est possible de tirer avantage de toutes les choses extérieures ») : « La santé est-elle un bien, la maladie un mal ? -Non, homme. Qu’en est-il alors ? -Faire bon usage de la santé est un bien, en faire mauvais usage un mal. De sorte qu’il est possible de tirer avantage même de la maladie ? » Les choses, comme la santé, que l’on considère comme des biens, peuvent être nuisibles autant qu’utile selon l’usage que l’on en fait. Quelqu’un par exemple, peut être riche et faire un mauvais usage de son argent, et un autre pauvre, en fait un bon usage.  C’est uniquement la façon dont on fait usage des choses qui est bonne ou mauvaise.

Pratique stoïcienne (2) Méditation sur la mort (Memento Mori)

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  • « Toute la vie n’est qu’un voyage vers la mort » (Sénèque) Nous sommes des êtres mortels. S’il y a une certitude que nous pouvons avoir dans la vie, c’est que nous allons mourir. Nous ne savons cependant pas exactement de quelle manière ni quand. Cependant, il est certain que cela va arriver. Beaucoup dans nos sociétés occidentales, préfèrent ne pas y penser : cela peut paraître angoissant. D’autres, par peur de mourir, se donnent la mort eux-mêmes. Enfin, d’autres préfèrent croire à des choses surnaturelles pour se rassurer vis-à-vis d’elle : ainsi, elle ne serait qu’un passage vers un au-delà meilleur. « Après la mort, il n’y a rien, et la mort elle-même n’est rien. » (Sénèque)
  • Les Stoïciens, quant à eux, visaient à se libérer de la crainte de la mort. La crainte de la mort est la source de tous les troubles, disait Epicure. Ainsi, Marc Aurèle se dit à lui-même : « la mort et la vie, la gloire et l’obscurité, la douleur et le plaisir, la richesse et la pauvreté, toutes ces choses échoient également aux bons et
    aux méchants, sans être par elles-mêmes ni belles ni laides . Elles ne sont donc ni des biens ni des maux. » (Pensées pour moi-même, Livre II, XII) Comme nous l’avons vu dans un article précédent (Théorie et pratique stoïcienne (3) L’éthique stoïcienne : la tranquillité de l’âme), la mort compte parmi les « choses indifférentes » dans l’éthique stoïcienne. En effet, elle n’est ni à considérer comme bonne, ni comme mauvaise. Elle est un phénomène naturel nécessaire à l’ordre du monde, une loi naturelle en tout cas.
  • « Memento mori » est la formule latine signifiant « Rappelle-toi que tu vas mourir. » Elle était parfois répétée à certains généraux romains de l’Antiquité par leurs esclaves, car ils voulaient se la rappeler. Ce rappel peut avoir des vertus « thérapeutiques » (au sens philosophique) sur l’âme et ses passions. Il peut nous rendre plus lucides sur notre attitude, sur nous-mêmes. Ainsi Epictète nous invite à avoir devant les yeux chaque jour la mort, pour n’avoir « aucune pensée basse ni aucun désir excessif » (Manuel d’Epictète). Plus de lucidité donc, et moins de folie dans nos choix.
  • Ce rappel ou cette « méditation » sur la mort, permet surtout de nous rendre compte, de prendre conscience, du peu d’importance de ce qui peut nous troubler dans la vie. On peut stresser, être anxieux pour un tas de choses insignifiantes au regard de la réalité : nous allons mourir. Et ainsi, l’on peut voir ce qui nous troublait comme beaucoup moins important qu’on ne le croyait. Avoir une plus grande conscience de notre mortalité permet d’être plus apaisé, de faire des actions plus justes également.
  • « Une vie malheureuse est plus insupportable que la mort. » (Sénèque) Et c’est là l’effet le plus grand du « Memento mori » : la mort n’est pas insupportable, qu’est-ce donc qui peut nous troubler alors ? L’on peut alors vivre une vie plus heureuse et plus épanouie, en ayant conscience de la mort, en y étant indifférent, car lorsqu’elle n’est pas là nous sommes vivants, et quand elle est là, nous ne sommes plus.
  • Cela peut nous rendre plus sereins, plus apaisés, car celui qui est en paix vis-à-vis de sa propre mort, que peut-il encore craindre ? Enfin, comme le dit un texte de Sénèque, l’homme qui va mourir change d’attitude : il veut faire de bonnes choses avant de mourir, sans espoir de récompense puisqu’il va mourir. Ainsi, peut-être que c’est l’inconscience qui nous fait de temps à autre mal agir.
  • Enfin, prendre conscience de la mortalité des gens qui nous sont proches et des autres, permet aussi de changer, en bien, nos priorités. Sur ce que l’on veut faire avant notre mort et avant la leur, cela peut renforcer la compassion que l’on a envers eux ou la faire naître. Cela permet, de relativiser les événements, de les mettre sous la perspective de la conscience que toute chose est éphémère, de toutes façons.

: Présentation de livre (1) « Ethique du samouraï moderne » de Patrice Franceschi

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  • Dans ce livre de 180 pages composé de brefs paragraphes divisés en cinq livres de Patrice Franceschi, écrivain fortement influencé par la philosophie stoïcienne et le monde des arts martiaux, nous est raconté, en appendice, une légende sur un maître japonais, mort en 2010, appartenant à une lignée de samouraïs. Cet ouvrage serait le fruit de son écriture, de sa pensée, qui est une vision tragique des temps présents et à venir, dans un ton prophétique.
  • Ce maître japonais; Toshiro Isogushi, fils d’un samouraï qui fut le premier à s’engager sur la voie de la modernité, prêche ses enseignements dans un dojo. Il cite son père, samouraï donc, et son ami, un certain Phillippidès, « disciple des Grecs » que l’on peut voir comme un héritier de la philosophie grecque. L’on peut voir là une alliance entre la sagesse ancestrale des arts martiaux asiatiques et la sagesse ancestrale de la philosophie grecque, qui auraient toutes deux des choses à nous dire pour nous éclairer dans le chaos du monde actuel.
  • Une forte influence/inspiration stoïcienne : l’auteur a étudié les Stoïciens à l’Université de la Sorbonne et on le remarque : le style peut faire penser à celui d’Arrien, disciple d’Epictète. Le fond également : « Le bien et le mal sont dans la seule volonté » (propos 90), « Quand vous aurez donné la préférence aux biens immatériels de l’esprit – ceux que nul ne peut vous arracher – plutôt qu’aux biens matériels du corps – ceux que l’on peut vous ôter à tout instant – qu’arrivera-t-il ? Vous serez invincibles. » (propos 110) On retrouve aussi du Marc Aurèle : « Portez une attention constante à votre forteresse intérieure. Son invulnérabilité aux coups du monde extérieur ne dépend que de vous … » (propos 99)
  • Un point de vue sur le monde actuel :  » … il est juste de mettre le nom de « criminels » sur ceux qui volent le temps de leurs semblables » ( propos 97), « la vie est tragique et (…) le monde vit dans le mensonge. » (propos 91), « ne fais pas comme les grands esprits qui dissertent leur vie entière sur le bien et le mal et que l’on voit rarement accomplir le premier et éviter le second. » (propos 88), critique de la tendance à vouloir « vivre seulement dans le présent », critique de ceux qui prétendent que « tout ce qui est nouveau est meilleur que ce qui est ancien. » (propos 80) et autres points de vue, plus politiques, sur la liberté, la défense de la langue, l’insoumission.
  • Un ouvrage de Stoïcisme contemporain : une réaction au nihilisme contemporain, une invitation à l’autonomie morale et intellectuelle dans un monde en proie au chaos, une vision tragique de l’avenir, une invitation à se prendre en main, à s’engager pour ce qui compte réellement, un souci d’universalité et de démocratisation du savoir, des sentences parfois crues et sèches à la manière des diatribes d’Epictète, mais avec un ton pédagogique et invitant à la tempérance.

Lien vers le livre :

 » target= »_blank » rel= »noopener »>L’éthique du samouraï moderne

Pratique stoïcienne (1) Dans les circonstances difficiles

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  • « C’est pendant l’orage qu’on connaît le pilote. » Cette citation, issue du traité « De la Providence » de Sénèque, résume l’esprit de la pensée stoïcienne : rester imperturbable même dans des circonstances éprouvantes. C’est pourquoi il dit que Dieu ne nous punit pas, lorsque nous sommes dans des circonstances difficiles : Il nous éprouve pour que nous grandissons. Peu importe que nous soyons croyants ou non, ce qui est à souligner ici, c’est que nous pouvons adopter un regard différent vis-à-vis des difficultés que nous rencontrons dans notre existence. Elles sont, non pas des choses auxquelles nous devons nous dire « Mais qu’ai-je donc fait pour mériter ça ? » mais plutôt des épreuves pour nous faire grandir. Nous pouvons en effet nous élever au-dessus d’elles en les considérant comme ce qu’elles sont : des moyens pour nous fortifier. Et quel plus grand bien existe-t-il pour l’âme, que d’être plus forte, plus impassible, plus vaillante ? Ces situations, que nous voyions comme des maux, comme des choses déplorables, nous pouvons vis-à-vis d’elles porter un autre regard : Sénèque mentionne à plusieurs reprises dans ses traités des métaphores militaires. Ainsi, c’est justement lors des circonstances difficiles dans la vie, que l’occasion est venue de prouver notre véritable valeur. C’est à ce moment là que l’on doit faire face, avec sérénité et courage.
  • Marc Aurèle en fait de même : « LXI. – L’art de vivre est plus semblable à celui de la lutte qu’à celui de la danse, en ce qu’il faut se tenir prêt et sans broncher, à parer aux coups directs et non prévus . » (Livre VII des Pensées) Ainsi, les arts martiaux de l’Antiquité romaine (la lutte notamment), que pratiquait Marc Aurèle, ont inspiré sa pensée : la vie peut être vue comme un combat : il faut prévoir d’avance les coups du hasard, endurer les difficultés présentes, se relever après être tombé, ne jamais reculer ni abandonner, toujours tenir sa garde.
  • Et encore : « XLIX. Ressembler au promontoire contre lequel incessamment se brisent les flots . Lui, reste debout et, autour de lui, viennent s’assoupir les gonflements de l’onde. » (Livre IV, Pensées) C’est à dire qu’il est possible d’adopter une attitude de maîtrise de soi et d’impassibilité vis-à-vis des situations pénibles, rester égal à soi-même lorsque le monde autour de nous court à sa ruine, comme, on pourrait le penser du monde actuel par exemple, et bien sûr selon notre situation. Marc Aurèle a fait face, durant son règne, à la trahison de l’un de ses généraux, aux tremblements de terre, à la peste, aux invasions barbares.
  • N’est-ce pas les assauts du vent, des tempêtes, des pluies, des orages, qui rendent l’arbre ferme et vigoureux ? N’est-ce pas les difficultés, les événements pénibles qui vous ont rendu plus fort aujourd’hui ? Ainsi, les événements ne sont que des occasions de nous rendre plus forts, à nous d’en tirer bénéfice. Un soldat, au début, va tomber, perdre, mais ce qui fait de lui un bon soldat, c’est sa manière de se relever à chaque fois : ainsi il sera plus aguerri pour les prochaines épreuves et sera de plus en plus fort, en fonction du regard qu’il porte sur les événements et de sa manière de les surmonter. Sénèque dira aussi que c’est dans les moments calmes qu’il faut se prémunir contre les prochaines tempêtes et que « Rien n’arrive au Sage contre son attente. » Il s’agira donc d’anticiper toutes les éventualités d’événements pénibles pour mieux leur faire face, en les considérant comme ceux qu’ils sont : des occasions de développer sa « virtus » (sa force d’âme).

Théorie et pratique stoïcienne (3) L’éthique stoïcienne : la tranquillité de l’âme

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  • Cet article concerne l’aspect le plus important du Stoïcisme, pour nous modernes : l’éthique. Tout d’abord, nous allons voir ce qu’est l’objectif de cette morale : Epictète nous éclaire dans le Manuel : « Commence donc par les petites choses. On gaspille ton huile, on vole ton vin ? Dis-toi : c’est le prix de la tranquillité, c’est le prix d’une âme sans trouble. » (XIII, 2) L’objectif de l’attitude stoïcienne est donc ce qu’on appelle en grec l' »ataraxia » : une âme sans trouble, la sérénité, la « tranquillité ».
  • Comment y parvenir ? Sénèque nous éclaire dans ses « Lettres à Lucilius » et dans d’autres traités qu’il a rédigé sur le chemin à parcourir. Mais nous nous concentrerons essentiellement sur le Stoïcisme d’Epictète et de Marc Aurèle, car les recueils attribués à ces auteurs sont concis et efficaces, laconiques et que l’on peut mettre en pratique de manière plus rapide tandis que ceux de Sénèque demandent plus de temps : toute une vie (je conseille toutefois justement la lecture de ses ouvrages pour ceux que ça intéresse).
  • Epictète nous éclaire dans le Manuel : « Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non. » (I,1) Distinguer ce qui est en notre pouvoir de réaliser et ce qui ne l’est pas, voilà le commencement de l’éducation philosophique selon Epictète. « Donc, rappelle-toi que si tu tiens pour libre [en ton pouvoir] ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t’est étranger [n’est pas en ton pouvoir], tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté ; tu en voudras aux hommes comme aux dieux ; mais si tu ne juges tien que ce qui l’est vraiment – et tout le reste étranger –, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route ; tu ne t’en prendras à personne, n’accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré, personne ne pourra te faire de mal et tu n’auras pas d’ennemi puisqu’on ne t’obligera jamais à rien qui pour toi soit mauvais. » La source de nos troubles est bien souvent dans le fait de vouloir contrôler ce qu’on ne peut contrôler, remarque Epictète. Ainsi, l’on peut se mettre en colère si l’on échoue dans une entreprise, comme si l’on voulait que quelque chose qui n’est pas en notre pouvoir (le passé) soit en notre pouvoir, par exemple. Alors que l’on peut apprendre de nos erreurs passées pour ne plus les commettre à nouveau, en restant paisible. En fait, il y a une autre distinction à faire en arrière plan de la distinction « ce qui est notre pouvoir »/ »ce qui n’est pas en notre pouvoir » pour bien comprendre la pensée stoïcienne.
  • Les Stoïciens distinguent le bien et le mal des choses qui ne sont ni bonnes ni mauvaises moralement. Ainsi, le plus grand bien qui est même le seul bien est la vertu/l’excellence du caractère. Les quatre principales vertus à développer pour un Stoïcien sont la justice, le courage, la tempérance et la prudence. En découlent d’autres vertus comme la patience, la sociabilité, … Ce sont les seules choses à rechercher dans nos entreprises. Et les conséquences de ces vertus sont pour les Stoïciens le plaisir, la sérénité, la joie. Tandis que les vices opposés à ces vertus et celles qui en découlent sont les seules choses à éviter dans nos entreprises. Entreprises qui doivent être dirigées vers des choses « indifférentes », c’est à dire ni bonnes ni mauvaises dans ce qui dépend de nous : viser le bien commun dans ce que l’on veut réaliser, c’est développer des vertus en nous. Le résultat de notre action n’est ni bon ni mauvais, il est chose indifférente, mais tout de même préférable ou non. Ainsi il y a parmi les choses indifférentes, certaines qui sont préférables telles que la vie, santé, la richesse, la beauté, l’éloquence, la connaissance des choses indifférentes, et d’autres qui ne sont pas à préférer comme la mort, la maladie, la pauvreté, la laideur, etc. Cependant, la vertu est toujours plus importante que ces choses indifférentes. Par conséquent il vaut mieux vivre en étant vertueux et donc dans l’absence de trouble que vivre dans l’abondance de richesse et de pouvoir en étant vicieux et donc en ayant une âme troublée.
  • Concrètement, si vous désirez vivre dans la sérénité, il faut que vous ne désiriez qu’une seule chose : la vertu : avoir de bonnes dispositions morales dans tout ce que vous entreprenez, en considérant le reste comme de moindre importance, tout en visant ce que vous préférez mais avec un certain recul par rapport aux choses autres que les biens de l’âme. Ainsi vous pouvez chercher le prestige, la gloire, donc la bonne réputation, la réussite sociale, mais, si vous considérez ça comme la chose la plus importante pour vous, selon Epictète, vous vivrez dans le trouble : si vous ne parvenez pas à obtenir l’objet de votre désir, vous serez triste inévitablement, tandis que si vous le considérez comme quelque chose de simplement préférable mais comme moins important qu’une bonne disposition morale, alors vous vous en remettrez plus vite. Avec de l’entraînement, vous pourrez dire avec Marc Aurèle, l’auteur des « Pensées pour moi-même » : « Les choses n’atteignent point l’âme, mais elles restent confinées au dehors, et les troubles ne naissent que de la seule opinion qu’elle s’en fait. » Livre IV, 3)