Comment agir face aux personnalités toxiques ? Réponse de l’empereur romain Marc Aurèle

-https://www.youtube.com/watch?v=AeCi-oFVdPs

« Dès l’aurore, dis toi par avance : je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux.

Pour moi, ayant jugé […] que la nature du coupable lui-même est d’être mon parent, non par la communauté du sang ou d’une même semence, mais par celle de l’intelligence […], je ne puis éprouver du dommage de la part d’aucun d’eux, car aucun d’eux ne peut me couvrir de laideur.

Je ne puis pas non plus m’irriter contre un parent, ni le prendre en haine, car nous sommes nés pour coopérer, comme les pieds, les mains, les paupières, les deux rangées de dent, celle d’en haut et celle d’en bas. Se comporter en adversaires les uns des autres est donc contre nature, et c’est agir en adversaire que de témoigner de l’animosité et de l’aversion. » (Pensées pour moi-même, Marc Aurèle)

Christophe André, psychiatre et principal représentant de la démocratisation de la méditation en France (et dont le livre favori est « Pensées pour moi-même » de l’empereur-philosophe Marc Aurèle), ajoute à la fin de cette vidéo, inspiré par la parole de Marc Aurèle : « La meilleure manière de te défendre d’eux, c’est d’éviter de leur ressembler » que toutes ces personnalités toxiques peuvent être vues comme des « contre-modèles » : ce qui renvoie à l’exercice spirituel cher à Marc Aurèle évoqué ici : https://wordpress.com/post/aequanimitassagesse.wordpress.com/1027

-Excepté qu’ici, il s’agirait de voir à quel point il vaut mieux éviter soi-même de développer ces défauts de l’âme en soi : l’indiscrétion, l’ingratitude, l’insolence, l’envie, l’insociabilité; qui sont nés, d’après la philosophie stoïcienne, de l’ignorance des véritables biens et maux : biens et maux qui n’existent nulle part en dehors de l’âme de celui qui juge des biens et des maux, comme indiqué dans cet article précédent : https://aequanimitassagesse.wordpress.com/2021/03/31/le-bien-et-le-mal-il-ny-a-ni-bien-ni-mal-en-dehors-de-notre-esprit/ , c’est à dire dans la qualité de ses jugements et de ses dispositions intérieures, bonnes ou mauvaises.

Comment se rendre plus libre ? Pour l’empereur romain Marc Aurèle, en se rendant comme l’émeraude

L’émeraude, que l’empereur-philosophe Marc Aurèle compare à l’âme qui recherche la vertu

« Quoi que l’on fasse ou que l’on dise, je dois être bon : c’est comme si l’or, l’émeraude ou le porphyre disaient toujours : « Quoi que l’on fasse ou que l’on dise, je dois être émeraude et garder ma couleur ». (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, p.13)

-Ainsi, peu importe les événements extérieurs, ce que disent, font, ne disent pas, ou ne font pas les autres, l’empereur Marc Aurèle se dit à lui-même que peu importe ces éléments là, qui dépendent de la fortune et non pas de nous-mêmes, il doit être émeraude et garder sa couleur d’homme de bien; c’est ainsi qu’il se rend totalement libre, en désirant toujours la même chose au-dessus de tout le reste : accomplir sa nature d’Homme.

-Ce qui permet d’être en accord avec sa nature, son âme, et d’être en accord avec la Nature universelle, source de toutes les âmes et de tous les événements du cosmos. « Qui est en paix avec lui-même est en paix avec l’univers. » (Pensées pour moi-même, Marc Aurèle)

-Voilà des éléments qui présentent voire approfondissent la philosophie stoïcienne, tout cela n’étant que de la théorie : nécessaire pour développer une pratique adéquate et interdépendante de celle-ci; mais les stoïciens insistent encore et toujours : la bonne pratique philosophique (stoïcienne en tout cas) est beaucoup plus rare que les beaux enseignements ou les belles théories, et est plus importante, l’enseignement, la théorie, le discours n’ayant aucune valeur par rapport à ce qui en a le plus dans la vie : une âme heureuse, épurée de ses illusions, donc de son ignorance, ignorance qui est la source des troubles.

“Il ne s’agit plus de discourir sur ce que doit être l’homme de bien mais de devenir un homme de bien.” (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même)

-Et ce, peu importe les opinions d’autrui, il s’agit de se fier à la vérité (la nature) et non à l’opinion.

-« L’émeraude ne perd pas de sa valeur faute de louanges » (Pensées pour soi, Marc Aurèle)

L’exercice spirituel cher à Marc Aurèle : Se réjouir des qualités des autres

L’abeille, qui à l’inverse de la mouche, se focalise sur ce qu’il y a de meilleur et en récolte les fruits

-XLVIII. – Si tu veux te donner de la joie, pense aux qualités de ceux qui vivent avec toi […]
Rien, en effet, ne donne autant de joie que l’image des vertus, quand elles se manifestent dans la conduite de ceux qui vivent avec nous, et qu’elles s’y trouvent, en aussi grand nombre que possible, réunies. Voilà pourquoi il faut toujours avoir ce tableau sous les yeux. (Pensées pour soi, Marc Aurèle, Livre VI)

-Voilà un exercice spirituel qui semble très cher aux yeux de l’empereur-philosophe romain stoïcien Marc Aurèle : « toujours avoir ce tableau sous les yeux » : « l’image des vertus » : « quand elles se manifestent dans la conduite de ceux qui vivent avec nous » : « Rien, en effet, ne donne autant de joie ». Rien ne donne autant de joie, donc, que d’énumérer les qualités intérieures des personnes que nous fréquentons.

-Il s’agit, si de mobiliser l’attention de notre esprit sur les qualités d’âme des personnes qui vivent avec nous, des plus proches aux plus lointaines, car « rien ne donne autant de joie ». Nous pouvons simplement nous les représenter. La bienveillance d’un tel, le courage d’une telle, la tempérance d’un autre, l’écoute d’une autre, les efforts de tel autre, les bonnes intentions de tel autre, la volonté de bien faire chez une autre personne, etc selon les personnes qui vous entourent, en comprenant qu’il s’agit de qualités de l’âme désirables pour elles-mêmes, facteurs d’une vie heureuse, c’est à dire pour la philosophie stoïcienne, d’une âme heureuse.

Le bien et le mal : Il n’y a ni bien ni mal en dehors de notre esprit

Image symbolisant l’âme, l’esprit, dans laquelle réside le bien et le mal, qu’elle prend souvent pour des éléments extérieurs

-Le bien est toujours désirable, le mal est toujours à prendre en aversion (à éviter). [définitions issues de la philosophie stoïcienne]

Si l’on s’en tient à ces définitions, alors le plaisir ne peut être un bien : il n’est pas toujours désirable.

La mort ne peut être un mal : elle ne peut être pour toujours évitée.

Les comportements d’autrui ne peuvent représenter un bien pour notre âme/esprit : ils sont changeants, pas toujours désirables, ni toujours à éviter

-Et ce, qu’on les juge bons ou mauvais-jugement qui, en lui-même peut, par contre, être bon ou mauvais, puisque cette faculté de juger, est quant à elle, en notre pouvoir, contrairement à tout le reste.

-Tandis que l’usage des facultés de notre esprit (jugements-désirs-aversions) est la seule chose que Dieu, la Providence, ou la Nature, a placé dans le pouvoir de l’Homme, en son âme.

-« Des choses les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous. Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos tendances, nos désirs, nos aversions, en un mot tout ce qui est opération de notre âme ; ce qui ne dépend pas de nous, c’est le corps, la fortune, les témoignages de considération, les charges publiques, en un mot tout ce qui n’est pas opération de notre âme.

Ce qui dépend de nous est, de sa nature, libre, sans empêchement, sans contrariété ; ce qui ne dépend pas de nous est inconsistant, esclave, sujet à empêchement, étranger.

Souviens-toi donc que si tu regardes comme libre ce qui de sa nature est esclave, et comme étant à toi ce qui est à autrui, tu seras contrarié, tu seras dans le deuil, tu seras troublé, tu t’en prendras et aux dieux et aux hommes ; mais si tu ne regardes comme étant à toi que ce qui est à toi, et si tu regardes comme étant à autrui ce qui, en effet, est à autrui, personne ne te contraindra jamais, personne ne t’empêchera, tu ne t’en prendras à personne, tu n’accuseras personne, tu ne feras absolument rien contre ton gré, personne ne te nuira ; tu n’auras pas d’ennemi, car tu ne souffriras rien de nuisible. » (Manuel d’Epictète)

-Mais, rétorquerons-nous, il existe des injustices dans le monde !

-Ce qui est injuste, c’est si nous-mêmes, nous agissons injustement, ou que nous laissions faire l’injustice, mais ce qui est extérieur à notre propre âme ne peut être considéré comme « injuste » : est injuste une disposition injuste envers les événements, est juste une juste disposition de notre âme envers les événements, si d’autres personnes accomplissent des actions injustes, alors il convient de lutter pour défendre la justice-ce qu’il convient déjà de faire peu importe les actions des autres, puisque être juste est la seule chose en notre pouvoir, tandis que tout le reste est hors de notre pouvoir, et donc à accueillir avec aequanimitas (du latin, signifiant en français équanimité).

Le vrai royaume à conquérir pour l’Homme : celui du désir et de l’aversion

Le « Manuel » d’Epictète, en grec l’Enchiridion, qui signifie « le glaive », « le poignard » que le soldat avait toujours sous la main

« Souviens-toi que ce que le désir déclare qu’il veut, c’est d’obtenir ce qu’il désire, que ce que l’aversion déclare qu’elle ne veut pas, c’est de tomber dans ce qu’elle a en aversion ; et quand on n’obtient pas ce qu’on désire, on n’est pas heureux, quand on tombe dans ce qu’on a en aversion, on est malheureux. Si donc tu n’as d’aversion que pour ce qui est contraire à la nature dans ce qui dépend de toi, tu ne tomberas dans rien de ce que tu as en aversion ; mais si tu as de l’aversion pour la maladie, la mort ou la pauvreté, tu seras malheureux.

Cesse donc de donner pour objet à ton aversion ce qui ne dépend pas de nous, transporte-la sur ce qui est contraire à la nature dans ce qui dépend de nous. Quant au désir, supprime-le absolument pour le moment. En effet, si tu désires quelque chose qui ne dépende pas de nous, infailliblement, tu ne seras pas heureux ; et quant aux choses qui dépendent de nous, qu’il est beau de désirer, il n’en est aucune qui soit encore à ta portée. Borne-toi à tendre vers les choses et à t’en éloigner, mais légèrement, en faisant des réserves, et sans ardeur. » (Manuel d’Epictète)

-Les troubles de l’âme proviennent du fait de ne pas obtenir ce que l’on désire, ou de tomber sur l’objet qu’on prend en aversion. Ainsi, l’Homme supérieur/plus heureux est celui qui obtient l’objet de son désir (toujours ou le plus possible) et parvient à éviter l’objet de son aversion (toujours ou le plus possible). (Le bouddhisme aborde les mêmes réflexions pour la quête de l' »éveil »). Ainsi, si l’Homme se préoccupe non plus de ce qui est hors de son pouvoir mais de ce dont il devrait se rendre maître en premier lieu s’il est intelligent (ses désirs et aversions), alors il emprunte le chemin de la sagesse.

-Cette réflexion nous invite à nous demander qu’est-ce qui compte le plus pour nous dans cette vie : est-ce de rester en vie, de ne pas tomber malade, de ne pas devenir pauvre, de s’enrichir et d’assurer son confort ? Car si l’on est parti comme cela, nous aurons nécessairement de l’aversion pour la pauvreté, l’inconfort, la maladie, ma mort, et nous serons nécessairement malheureux.

-Mais si nous préférons prendre conscience de ce qui compose naturellement la vie de l’Homme, alors nous ne pouvons qu’y adopter un sens qui transcende ces éléments matériels de l’existence que l’ère du temps nous appelle à vénérer, à placer au-delà de tout (société de consommation); le développement de notre âme, intériorité, pour lui permettre d’atteindre l’ataraxia (absence de troubles en grec) en considérant avec aequanimitas (équanimité, non-discrimination) les choses extérieures qui composent la vie de tout Homme, mais avec une constante attention ce qui est l’objet de nos désirs et aversions qui est le lieu qu’il convient de se préoccuper pour pouvoir atteindre la sagesse, la maîtrise de soi, la sérénité de l’âme, l’accomplissement de soi ou encore l’éveil.

Le privilège de l’Homme : la reconnaissance et l’acceptation des événements

Homme libéré de ses chaînes par la reconnaissance-acceptation (reconnaissante) des événements passés, présents et futurs

-Comme l’explique Epictète, philosophe stoïcien dans les Entretiens compilés par son disciple Arrien, le propre de l’homme est de reconnaître l’intelligence, l’harmonie, la Providence derrière les événements, et à la fois d’éprouver de la reconnaissance envers ceux-ci. C’est ce qui le distinguerait, d’après l’école philosophique stoïcienne, des animaux, parmi lesquels l’homme est un animal sociable (et rationnel; mais aussi métaphysique).

-Ainsi, l’être humain qui refuse son destin, n’accepte pas son passé, accuse, rejette des choses extérieures, se rend malheureux, n’est pas maître de lui-même, se rend le jouet et l’esclave des « choses du dehors » de par son inattention à ses désirs et aversions, qui, eux, sont en son pouvoir, s’il s’habitue à les maîtriser, en ne cherchant pas à maîtriser ce qui fait partie des choses voulues par la Nature, la Providence. Car dès lors, il refuse son rôle, refuse de se préoccuper de ce qui « dépend de lui », ce qui est « en son pouvoir » (Manuel, Epictète) de faire dans sa vie (si courte, vue d’en haut).

-« Figure-toi bien que celui qui s’afflige ou s’irrite à propos de quoi que ce soit ressemble au porc que l’on égorge et qui regimbe et crie. De même celui qui, étendu sur son lit, gémit en silence sur les liens qui nous enchaînent. L’obéissance volontaire à tout ce qui lui arrive est le privilège réservé à l’animal raisonnable ; l’obéissance, volontaire ou non, est une nécessité pour tous. » (Marc Aurèle, Pensées pour moi-même)

-Cette image de l’empereur-philosophe Marc Aurèle, frappante, illustre bien ce paradoxe : l’esclave est celui qui refuse l’ordre des choses, l’Homme libre est celui qui consent à l’ordre des choses; l’Homme heureux, apaisé et joyeux est celui qui veut l’ensemble des événements qui sont arrivés, arrivent et arriveront. (« Veuille les événements tels qu’ils arrivent, et le cours de ta vie sera heureux » (Manuel, Epictète)

Confinement/Situation sanitaire : Quelles seraient les recommandations du philosophe Sénèque ?

Sénèque (Cordoue, Espagne)

-« Voici je pense, ce que doivent faire la vertu, et l’amant de la vertu : si le sort est plus fort que lui et lui retranche ses possibilités d’action, qu’il ne tourne pas le dos tout de suite, et ne prenne pas la fuite en jetant ses armes, à la recherche d’une cachette, comme s’il y avait un lieu au monde où le sort ne pût le poursuivre; qu’il se donne seulement avec plus de ménagement à ses devoirs sociaux; qu’il trouve, en faisant un tri, quelque moyen d’être utile à ses concitoyens.

Il ne lui est pas permis d’être soldat ? Qu’il envisage les charges publiques. Il doit vivre dans le privé ? Qu’il soit orateur. Le silence lui est imposé ? Qu’il aide ses concitoyens par une assistance muette. Il est dangereux pour lui d’entrer seulement au forum ? Que dans les demeures privées, dans les spectacles, dans les banquets, il se conduise en bon camarade, en ami fidèle, en convive tempérant. Si les devoirs d’un citoyen lui sont interdits, qu’il s’acquitte de ceux de l’homme. C’est pourquoi nous mettons notre fierté, nous autres, à ne pas nous enfermer dans les murs d’une seule ville; nous étendons notre société à tout l’univers; et nous déclarons que notre patrie est le monde, afin de pouvoir donner un champ plus vaste à notre vertu. Le tribunal t’est fermé, les rostres et les comices te sont interdits ? Regarde derrière toi combien s’ouvrent de vastes espaces, combien de nations ! Jamais ne t’en sera fermée une partie si grande qu’il n’en reste une plus grande encore. Mais prends garde que tout cela ne soit ta faute. Tu ne veux en effet servir l’Etat que comme consul, prytane, ceryx ou suffète. Eh quoi ! iras-tu refuser de faire la guerre si tu n’es pas général ou tribun ? Même si d’autres se battent aux premières lignes, le sort t’as mis dans les trières; accomplis-là ta fonction de soldat par ta voix, par tes exhortations, par ton exemple, par ton allant. Même amputé des bras, tel a trouvé au combat le moyen d’être utile à son parti, sans rien faire d’autre que de rester inébranlable et de galvaniser ses compagnons par ses cris. Tu feras de même si le sort t’as écarté du premier rôle dans l’Etat; reste debout pourtant et anime tout le monde par tes cris, et, si l’on bâillonne ta voix, reste debout encore et aide les autres par ton silence.

Jamais l’action d’un bon citoyen n’est inutile; on l’écoute, on le regarde; par sa physionomie, par ses moindres gestes, par son obstination muette, par sa démarche même, il peut servir. Il y a des médicaments dont l’absorption ou le contact sont inutiles, et dont l’odeur à elle seule est efficace; ainsi se répandent les bienfaits de la vertu, même si elle est lointaine et cachée; qu’elle se propage et dispose d’elle-même en toute liberté, ou qu’elle ait des moyens d’agir mal assurés et soit forcée de carguer les voiles, qu’elle soit oisive et muette, qu’elle soit enfermée à l’étroit ou qu’elle ait le champ libre, en quelque état qu’elle soit, elle est utile. Crois-tu sans utilité l’exemple d’un homme qui sait se reposer ? Le mieux donc, de beaucoup, c’est d’unir le loisir à l’action, toutes les fois qu’une vie active nous est interdite par des obstacles fortuits ou des circonstances politiques. Jamais la situation n’est bouchée au point qu’il n’y ait plus de place pour une action morale. »

Sénèque, De la tranquillité de l’âme, (74-76)

Quelle serait une orientation politique stoïcienne contemporaine ? Stoïcisme, Humanisme et Philanthropie

Lettre « Phi » en grec, symbolisant le nombre d’or en géométrie, l’harmonie, la philosophie et la philanthropie

-A quoi ressemblerait une « politique stoïcienne » ? Nous pensons qu’il s’agirait d’une politique humaniste et philantropique. C’est à dire ?

-Le terme humanisme signifie : 1. En philosophie : Une théorie, doctrine qui place la personne humaine et son épanouissement au-dessus de toutes les autres valeurs.

2. En histoire : Un mouvement de la Renaissance, caractérisé par un effort pour relever la dignité de l’esprit humain et le mettre en valeur, et un retour aux sources gréco-latines.

-Le stoïcisme correspond tout à fait à ces deux définitions. La redécouverte des écrits stoïciens et autres textes de philosophie antique date de la Renaissance, ils ont été remis au goût du jour par des lettrés et philosophes humanistes., et il place la personne humaine et son épanouissement au-dessus de toutes les autres valeurs.

-Le mot philanthropie vient du mot grec ancien φίλος / phílos « ami » et du mot ἄνθρωπος / ánthrôpos « humain », « genre humain ». Sens 1 = Amour de l’humanité. Sens 2 = désintéressement.

La philosophie stoïcienne appelle dans l’ensemble de ses écrits son lecteur à faire preuve de philanthropie, dans les deux sens que recouvre ce mot : un amour de l’humanité désintéressé, donc. En voici quelques exemples :

-« S’il en était ainsi [que le stoïcisme soit une école trop dure], que faudrait-il penser d’une discipline qui ordonnerait de désapprendre les qualités humaines, et qui, fermerait à une assistance mutuelle le port le plus sûr contre les revers du destin ? Bien, au contraire, il n’y a pas d’école plus bienveillante, plus apaisante, plus aimante du genre humain, plus attentive au bien commun ; de telle sorte que son but s’applique à servir, à aider, pas seulement en délibérant pour son propre intérêt, mais avec une portée qui sert à la fois chacun et tout le monde. »

Sénèque, De la clémence, II, 5. 3

-« Prends garde de ne pas avoir, envers les misanthropes, les sentiments que les misanthropes ont à l’égard des Hommes. » (Marc Aurèle, Pensée VII, 65)

-Voilà pour ce qui concerne l’humanisme dans son premier sens, celui d’Amour de l’humanité..

« Qu’exiges-tu de plus, si tu as fait du bien à quelqu’un ? Ne te suffit-il pas d’avoir agi selon ta nature, mais cherches-tu encore à en être payé ? C’est comme si l’oeil exigeait une récompense pour voir, et les pieds pour marcher. » Pensées pour moi-même, Marc Aurèle

-Voilà pour ce qui concerne l’humanisme dans son second sens, celui de désintéressement. Les deux sens étant interdépendants : faire preuve d' »Amour » pour l’humanité, c’est en même temps faire preuve de désintéressement, car il s’agit d’une cause plus grande que soi-même. Et qu’est-ce qui aurait plus de valeur comme cause qui dépasse nos intérêts particuliers que l’humanisme, que la philanthropie ?

-D’ailleurs, n’est-ce pas au final, défendre nos intérêts particuliers que de défendre le bien commun ? Et oeuvrer pour le bien commun, n’est-ce pas équivalent à oeuvrer pour ses intérêts particuliers puisque l’un est impossible sans l’autre, il y a là aussi, une certaine interdépendance, une sympathie, un lien, une reliance entre les deux. « Ce qui n’est pas utile à la ruche ne l’est pas non plus à l’abeille. » (Marc Aurèle, Pensées pour soi)

-Janvier Za’abe, dans son ouvrage « Renouveau de l’éthique stoïcienne » défend un stoïcisme contemporain et un « humanisme stoïcien ». Il est notamment consultant permanent au sein de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés du Cameroun.

–Patrice Franceschi, dans son ouvrage « Ethique du samouraï moderne » d’inspiration stoïcienne, défend un « humanisme guerrier ». J’ai écrit une présentation de ce livre ici : https://wordpress.com/post/aequanimitassagesse.wordpress.com/230. Il est notamment à l’origine de nombreuses missions humanitaires dans des zones de guerre à travers le monde.

Méditation sur le caractère éphémère des choses : Le temps, un tourbillon

Phénomène naturel : Tourbillon aquatique

« Le temps est comme un fleuve qui entraîne toutes choses ; c’est comme un torrent irrésistible. À peine a-t-on pu y apercevoir une chose qu’elle disparaît entraînée dans le tourbillon ; le flot en apporte une nouvelle, qui à son tour sera bientôt emportée. » Pensée 43, Livre IV (Marc Aurèle)

Stoïcisme et Confinement : Recommandation proposée par Athénodore

Statue véritable du philosophe Sénèque, à Cordoue, en Espagne

-« Une grande âme trouve dans le privé l’occasion de se déployer pleinement. (…) Les plus grandes actions s’accomplissent dans la solitude. Pourtant, tout en vivant loin des regards, on gardera, partout où l’on abritera sa retraite, la volonté de rendre service à chacun et à tous par son intelligence, par sa parole et par ses conseils. Car on ne rend pas seulement service à l’Etat en poussant des candidats aux honneurs, en défendant des accusés et en donnant son avis sur la paix et sur la guerre : en exhortant la jeunesse, en inspirant la vertu, à une époque si marquée par la crise de l’enseignement moral, en prenant à part et en retenant ceux qui se précipitent à la recherche de l’argent et de la débauche, et, à défaut d’autre chose, en retardant au moins leur élan, on remplit, dans la vie privée, une fonction publique.

-Le plus important, est-ce le préteur chargé de litiges entre étrangers et citoyens, ou le prêteur urbain, lorsqu’ils répètent aux plaignants ce que dit l’assesseur, ou bien celui qui énonce ce que sont la justice, la piété, la résignation, le courage, le mépris de la mort, la connaissance des dieux, et qui explique à combien peu de frais on acquiert une bonne conscience ?

Si donc tu consacres aux études le temps que tu enlèves aux devoirs de la société, tu n’auras pas trahi ni failli à ta mission. Il n’est pas le seul à faire la guerre, celui qui est en première ligne et qui soutient l’aile droite ou l’aile gauche; on est aussi bien soldat en gardant les portes, en s’acquittant de ses fonctions à un poste qui, pour être moins périlleux, n’est pas de tout repos, comme garde de nuit ou préposé à l’équipement; de telles fonctions, bien qu’elles ne fassent pas couler le sang, font partie intégrante du service militaire.

Si tu te replies dans l’étude, tu échapperas complètement au dégoût de la vie; tu ne souhaiteras pas l’arrivée de la nuit par ennui du jour; tu ne seras ni importun à toi-même ni inutile aux autres; tu t’attireras bien des amis, et les meilleurs se presseront chez toi. Même obscure, la vertu ne reste jamais cachée; elle donne des signes de son existence; tous ceux qui en sont dignes sauront la reconnaître à ses traces. Car si nous renonçons à tout rapport social, si nous rompons avec le genre humain, si nous vivons tournés seulement vers nous-mêmes, cette solitude, privée de tout soin, aura pour résultat un désoeuvrement absolu. « 

Sénèque, De la tranquilité de l’âme, p.71-73