Alimentation du corps et sagesse de l’âme

Hippocrate refusant les présents d’Artaxerxès est un tableau de Girodet (1792, Ecole de médecine de Paris). Artaxerxès appela Hippocrate pour combattre une épidémie qui décimait l’armée perse. Hippocrate refusa les offres magnifiques par lesquelles on voulait le séduire, et répondit au satrape chargé de cette mission que l’honneur lui défendait de secourir les ennemis de sa patrie. Hippocrate, assis près d’une console antique, repousse les richesses que jettent à ses pieds les envoyés du Grand Roi. Ce tableau est savant et bien ordonné. (NLI).

-Que l’alimentation soit ta première médecine (Hippocrate)

-Aujourd’hui on sait l’importance de l’alimentation pour la santé du corps et de l’esprit. « Le corps est le temple de l’esprit » disait St Paul.

-Sur le plan éthique, s’abstenir de tout produit nocif est un impératif catégorique très sage [Marc Aurèle le stoïcien s’abstenait d’alcool par exemple, son entourage essayait de le persuader à boire ; Fronton, son maître de rhétorique, lui expliquant que Chrysippe, un des maîtres fondateurs de l’école stoïcienne, en consommait; et son frère, Lucius Verrus qui était un second empereur, avec qui il partageait son règne, avec un comportement de débauché.]

-Consommer de façon ciblée pour la santé de notre propre esprit et corps serait encore plus adéquat (il existe pour cela des naturopathes, des diététiciens)

-Socrate disait d’après les Mémorables de Xénophon : « La faim est le meilleur des assaisonnements ; elle ne coûte rien, et rend agréables tous les mets. » – Socrate

-Une telle éthique, pourtant très simple puisque concernant un besoin fondamental, celui de l’alimentation, est déjà en soi source d’une grande liberté, et propose un certain mode de vie, au-delà des philosophies sagesses ou religions, ou encore opinions politiques. L’idéal serait de produire soi-même sa propre nourriture, et dans l’idéal avec des graines naturelles. Il y a notamment l’agroécologie ou la permaculture comme mouvements intéressants, en plus de celui de la « décroissance ».

-Le jeûne est très sain aussi, c’est ainsi que les médecins de l’Antiquité, avec leur regard holistique, c’est à dire ne considérant pas une partie du corps isolément du tout, mais le tout comme interdépendant et interconnecté, guérissaient leurs patients, en plus de changer radicalement leur mode de vie, plutôt que de leur proposer des « remèdes » sans chercher les causes (médicaments allégeant les symptômes d’un mode de vie alimentaire très malsain par exemple, ce qui se fait assez souvent dans nos sociétés contemporaines.)

-Qui plus est, non seulement cela représenterait la base d’une éthique responsable, mais cela est une source importante de bonne santé, et de très grand plaisir sur le long terme (le cerveau, souvent addict à toutes sortes de produits nocifs dans nos sociétés contemporaines, le sucre transformé par exemple, à force ne prend plus de plaisir et a besoin de toujours plus…Ce désir de toujours plus, à jamais insatisfait serait la source de tous les maux sur Terre selon les sages grecs)

S’alimenter avec sagesse

Fruits et légumes

-L’action la plus universelle qui soit, puisqu’elle permet à tous de vivre, est celle de l’alimentation. Elle nous permet de survivre, de vivre, de bien vivre.

-Dans cet article, nous nous demanderons qu’est-ce que pourrait être une alimentation sage, raisonnée, raisonnable.

-Nous trouvons qu’il y a plusieurs éléments à prendre en compte : une nourriture saine pour notre corps et notre esprit, une alimentation éthique, une alimentation modérée.

-Au final, il s’agirait de développer une conduite alimentaire (avec maîtrise de soi-c’est à dire, ne pas trop manger, ni pas assez, manger de façon équilibré, mais ce principe est valable en toute chose)

-Et cela implique de consommer autrement : avoir conscience de la qualité de ce qu’on ingère dans notre corps, comme dans notre esprit; cela implique aussi de consommer en ayant conscience du rôle politique de nos achats, de ce qu’on finance, car il s’agit là d’un vote éminemment politique et bien plus important sans doute que les votes électoraux.

-L’idéal est de pouvoir prendre son temps pour cuisiner soi-même, mais comme beaucoup d’entre nous ne peuvent se le permettre parfois, au moins de ne pas trop se nuire par l’alimentation (en ne consommant pas des produits « non-éthiques », nuisibles au corps et à l’esprit) et essayer de conserver le principe de maîtrise de soi, qui passe peut-être en premier lieu par notre rapport à l’alimentation.

-Finalement, prendre soin de soi, cela permet de prendre soin du bien commun, et prendre soin du bien commun, cela permet de prendre soin de soi.

« Si vous avez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut » disait le philosophe romain Cicéron il y a plus de 2 000 ans.

Un exercice spirituel fondamental : l’époché

-L' »époché » ou « suspension du jugement » est l’attitude fondamentale de tout philosophe, surtout, notamment, du philosophe stoïcien dans sa vie.

Parfois on peut entendre que c’est mauvais de douter, mais est-ce vraiment « mauvais » ? Le doute serait-il vraiment un « poison » ?

Douter de soi, de ses capacités, ce n’est pas la même chose que de vérifier si nos croyances, dont nous ne sommes souvent même pas totalement conscients puisqu’elles peuvent résulter d’automatismes, ou de ce qu’on a appris, vu, entendu, lu, sont bien fondées.

Douter de soi et de ses capacités, c’est le résultat d’une mauvaise connaissance de soi : il convient de mieux se connaître dans ce cas. Le stoïcisme est une philosophie de vie invitant à davantage de connaissance de soi. « Connais-toi toi-même ». (Epictète, citant Socrate, lui-même citant Thalès de Milet, lui-même citant ce qui était alors écrit sur le fronton du temple de l’oracle de Delphes, semblerait-il…)

Mais observer nos jugements, nos croyances, nos certitudes (qui nous font vivre comme nous vivons, au quotidien, sans quoi nous ne pourrions prendre de décisions importantes notamment) et vérifier si elles sont exactes, fondées, d’où elles proviennent, pour pouvoir non seulement prendre conscience que nous nous trompions est très « salvateur », permet de progresser dans sa vie de façon possiblement très importante/impressionnante. Sans avoir besoin par exemple, de se payer un « coach » comme c’est la mode actuellement. Le Manuel d’Epictète est un excellent coach, quelques euros, une vingtaine de pages, et ils vous accompagne toute votre vie.

Ce qui fait notre humanité, d’après la philosophie stoïcienne (et pas seulement la philosophie stoïcienne) c’est notre liberté de choix, faculté propre à l’être humain (libre et en bonne santé mentale). Or, c’est là que réside (d’après Epictète) notre bonheur ou notre malheur : nos croyances vont influencer nos perceptions de la réalité, d’ailleurs les études de santé mentale montrent que les personnes ayant des troubles mentaux souffrent émotionnellement voire psychiquement d’erreurs de jugement (plus ou moins solidement ancrées dans notre esprit-cerveau-« proairesis »-ou faculté de choix-stoïcienne), erreurs de jugement dont nous sommes tous victimes, c’est à dire que nous sommes tous des victimes de nous-mêmes, non du monde extérieur, et notre plus grand ennemi et allié et notre capacité à bien ou mal juger les choses, de façon générale, en théorie, mais surtout, surtout, en pratique, au quotidien, dans la vie courante : il nous arrive d’avoir des croyances, des préjugés, des jugements parfois trop hâtifs sur des événements, des personnes, sur nous-mêmes aussi (c’est le sujet de la connaissance de soi), sur le monde.

Quelqu’un de dépressif aura par exemple possiblement des jugements erronés sur lui-même, des jugements qui ne seront pas objectifs, il se jugera par rapport à d’autres par exemple, de moins bonne valeur; il pourra juger que le monde va mal par exemple, ou qu’il est injuste; ou autres croyances issues peut-être d’autres croyances et d’habitudes de jugements erronés.

Quelqu’un de haineux peut avoir aussi des jugements erronés sur d’autres personnes, et cela le rend malheureux sans qu’il s’en rende compte par exemple.

Et de même pour le savoir, les connaissances : de quoi sommes-nous certains ?

En tout cas, qu’est-ce qui est le plus vraisemblable dans tout ce que nous avons pu apprendre ?

Répondre à cette question permet d’opérer notamment un tri dans notre esprit, c’est un véritable exercice « spirituel »,

qui permet d’après les philosophes sceptiques et bouddhistes, la tranquillité/sérénité/impartialité de l’âme, l’équanimité (en latin « Aequanimitas », comme le nom de ce blog 😉 )

exercice spirituel permettant à chacun de progresser « sans livre sans professeur sans maître » (pour citer le poète Rumî).

Je finis par une citation très importante (et qui n’est pas une fausse citation-il peut y en avoir beaucoup sur internet, là aussi il convient de trier) :

« Doutez de tout, et surtout de ce que je vais vous dire » Bouddha

Ethique de l’Attention et du rapport au temps : les philosophies antiques au secours de nos sociétés contemporaines

Voici un aperçu de ce que l’enseignement des philosophies antiques peut nous apporter pour mieux vivre dans nos sociétés modernes qui vont de plus en plus vite :

-« Traite peu d’affaires, si tu veux garder ton âme de bonne humeur » (Démocrite, cité par Marc Aurèle dans les Pensées)

-Dans nos sociétés contemporaines, il arrive souvent que nous soyons distraits : nouvelles technologies, internet, téléphones portables, notamment, en plus de la perte de repères culturels de beaucoup de personnes (Globalization disent les Anglos-Saxons) n’arrangent pas les choses.

Démocrite, un philosophe antique qui a découvert les atomes (en en faisant l’hypothèse scientifique, qui se rélève aujourd’hui vraie) est moins connu que d’autres car ses ouvrages ont été perdus. Sa philosophie était eudémoniste, il visait, comme les stoïciens, la paix de l’âme et nous propose ici un remède pour garder notre âme de bonne humeur et est cité en cela dans les Pensées de Marc Aurèle.

Il s’agit, dans la même perspective qu’Epictète, Sénèque ou Marc Aurèle, les trois philosophes stoïciens qui nous sont les plus familiers du fait des ouvrages qui nous sont parvenus, de nous auto-limiter (cf : distinction entre ce qui est en notre pouvoir de ce qui ne l’est pas) : nous pouvons être distraits, tentés, emportés même (cf : Lettre à Lucilius 1 de Sénèque) par les choses extérieures, certains nous dérobent notre temps et nous faisons plus attention à l’argent qu’au temps remarque Sénèque, alors que le temps est encore plus précieux dans la vie.

(Voici une vidéo qui renvoie à l’usage de notre temps de vie dans nos sociétés contemporaines : https://www.youtube.com/watch?v=dHqDV-pHN9U La philosophie stoïcienne est intéressante pour mieux contrôler son attention.)

Démocrite nous invite donc à nous détendre, en traitant « peu d’affaires », ça ne veut pas dire se détendre en regardant la télé ou en surfant sur le web, puisque cela est en fait beaucoup d’activité pour le cerveau notamment inconscient. Mais faire moins d’activités, être moins actif et plus présent au peu de choses que l’on peut faire (« être partout, c’est être nulle part » Sénèque, Lettres à Lucilius, qui s’inspire d’ailleurs beaucoup des philosophes atomistes et qui se déclare indépendant de l’école stoïcienne qu’il favorise tout de même), faire une chose à la fois, comme le préconisent les enseignements bouddhistes, ce qui permet d’ailleurs de mieux faire ces choses. Car quand on est dispersé, pressé, stressé comme de plus en plus de personnes dans nos sociétés contemporaines, on agit moins bien et ce n’est bon ni pour la santé de l’âme ni pour celle du corps (qui sont étroitement liés pour les stoïciens qui pensent que « tout est corps », dont l’âme).

Exercice pratique : Essayer de « traiter moins d’affaires » et voir les effets sur notre âme. Faire moins de choses. Mon âme est-elle plus en paix ? Démocrite avait-il donc raison ? Et ces choses, les fait-on mieux ? Seule l’expérience individuelle peut le dire.

Pour aller plus loin : on peut fortement rapprocher les idées des philosophes antiques atomistes et stoïciens, eudémonistes, des philosophies actuelles de décroissance et de minimalisme, le déploiement de ces deux nouvelles pensées est d’ailleurs signe que l’époque a besoin de ralentir, notre perception du temps est en effet liée aux troubles de l’âme, comme le disait P.Hadot, éminent philosophe français spécialiste de la philosophie antique, et comme on peut s’en rendre compte dans la phénoménologie et l’étude des psychopathologies. D’où l’importance des enseignements des philosophes antiques comme celui de prendre son temps, de laisser aller le futur et le passé (indifférents dans le stoïcisme) car le bien est « dans le présent » seul (Marc Aurèle, Pensées).

La « prosoché » est par excellence l’exercice spirituel stoïcien le plus antinomique aux projets des « géants du web », c’est donc en plus d’un moyen d’être plus épanoui et meilleur, un acte politique révolutionnaire stoïcien de résistance aux tyrans (voir les nombreuses références à l’opposition stoïcienne à la tyrannie dans les Entretiens d’Epictète) puisqu’il consiste à faire attention, à être vigilant à ce qui occupe notre esprit et à ne pas le laisser errer n’importe où. (Voir « Exercices spirituels et philosophie antique » de P.Hadot, p. 41, 81-83, 86, 88, 91, 270, 285, 296)

« Tout arrive à point à qui sait attendre » dit le proverbe français. Riche d’enseignements, qui plus est dans nos sociétés de l’immédiateté qui épuisent la nature et les êtres humains. A nous de prendre conscience donc, que l’usage de notre temps est en notre pouvoir.

Bibliographie : Sénèque, Entretiens, Lettres à Lucilius, édition de Paul Veyne, professeur au Collège de France

Pensées pour moi-même, de Marc Aurèle, édition Belles-Lettres

Entretiens d’Epictète (Fragments et Sentences) éditions Vrin

Qu’est-ce que la philosophie antique ? De P.Hadot

Exercices spirituels et philosophie antique, de Pierre Hadot

Autres références :

Facebook à la conquête du temps d’attention, TV5Monde

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_l%27attention (Economie de l’attention, Wikip

Enseignements de la philosophe française Natalie Depraz : « Attention et vigilance : à la croisée de la phénoménologie et des sciences cognitives » est un de ses ouvrages.

L’Acceptance sereine des choses hors de contrôle

blue sky ocean

-Pour moi, l’exercice psychologique le plus important et bénéfique est l’acceptation/amour du destin. Il est commun à toutes les religions et spiritualités, il est donc l’acte spirituel, la disposition intérieure, le plus universel. Il permet d’être en paix avec son passé, son présent et son avenir, rien que ça !

On peut même s’y exercer quotidiennement, et de manière pointilleuse ! C’est ce que je fais parfois en pratiquant la « pleine conscience stoïcienne » : il s’agit de bien distinguer ce qui est en notre pouvoir de ce qui ne l’est pas. Et, je pense que la plupart de gens, en prenant conscience de cette distinction, se rendront alors compte qu’ils se préoccupent trop de ce qui n’est pas en leur pouvoir et donc négligent ce qui est en leur pouvoir.

On peut par exemple en s’inspirant des enseignements d’Epictète, pour qui la philosophie était une manière de vivre et non un ensemble d’opinions rigoureuses, se représenter l’univers comme déterminé, c’est à dire que les choses ne pouvaient arriver autrement et qu’il est mieux qu’il en soit ainsi (chacun voudrait changer le monde, mais chacun le changerait d’une manière qui déplairait à d’autres, pourquoi personne ne voudrait le rendre exactement tel qu’il est en ce moment-même ?) : Epictète nous invite à voir ce qui se passe dans le cosmos comme une très grande fête où nous avons été invité par le dieu qui en est à l’origine, et comme un scénario de théâtre dans lequel nous sommes des acteurs, et où nous ne choisissons pas nos rôles, mais où nous devons accepter la volonté du réalisateur : il précise que nous pouvons toujours agir sur une minime sphère de liberté : notre voix, bien que nous choisissions pas nos costumes, notre classe sociale, notre physique.

Ce sont des images frappantes, images par lesquelles nous pouvons prendre conscience du déterminisme cosmique en lequel croyaient les stoïciens, croyance qui a pour résultat la sérénité de l’esprit et le détachement lorsque nous sommes trop épris des choses éphémères qui nous entourent.

Il s’agira dans cet exercice psychologique/spirituel/mental/philosophique, de « vouloir les choses telles qu’elles arrivent et non telles qu’on voudrait qu’elles arrivent. » On peut par exemple se remémorer les événements du passé et se dire « c’est comme ça qu’il fallait que ceci se déroule. » en les considérer comme « indifférents » c’est à dire de peu d’importance au vu des dispositions de notre esprit. A force, l’on pourrait se rendre compte que la seule chose qui faisait défaut était le regard que nous portions sur les choses, et non les choses extérieure à nous en elles-mêmes …

Puis, « revenir » au présent, en regardant notre situation extérieure : lieu, relations, situation économico-sociale, habitat, activités, « rôles » (citoyen, père, frère, fils …), corps, émotions, représentations mentales (pensées) jusqu’à nos jugements, qui seuls sont entièrement contrôlables. En prenant du recul sur cette situation, en la « regardant d’en haut », on peut relativiser sur ce qui nous y dérange, ce qui nous obsède, ce qui nous y inquiète, en considérant que toutes ces choses peuvent arriver à n’importe qui, bon ou mauvais, et que donc elles sont indifférentes par rapport à l’essentiel, au véritable bien qui est le bien de l’âme et non une chose extérieure.

Enfin, l’on peut se dire que nous sommes prêts à accepter toute situation future, favorable ou défavorable, avec la même acceptation du destin, ce qui aura d’ailleurs certainement pour effet d’améliorer ce « destin » bien que ce ne soit pas le but recherché, le but recherché étant de mieux accepter ce sur quoi nous n’aurons pas de contrôle à l’avenir, en l’anticipant, mais en considérant que notre disposition intérieure est la chose dont nous devons le plus prendre soin afin de mieux vivre peu importe les circonstances.

Puis, à chaque événement, l’on peut s’exercer à distinguer ce qui est notre pouvoir de ce qui ne l’est pas, en sachant quelle attitude est la meilleure à avoir dans l’un et l’autre cas : énergie, courage, prudence, modération, organisation, volonté, motivation et toute autre qualité qu’on admire chez autrui; dans ce qui est en notre pouvoir. Acceptation, sérénité, indifférence, mépris, absence d’angoisse, d’inquiétude, d’anxiété, de trouble, d’attachement excessif pour ce qui ne relève pas de notre champ d’action.

Cela ne dépend pas de ma volonté ? Alors c’est la volonté de la Nature, je ne peux rien y faire. Pourquoi s’offusquer contre la volonté de Dieu ? Si c’est la volonté de Dieu, qui suis-je, moi, pour m’y opposer ? Plutôt changer l’ordre de mes désirs que l’ordre du monde, disait le philosophe français René Descartes.

Cela dépend de ma volonté ? Alors je dois faire de mon mieux pour bien participer à l’harmonie de l’ensemble, comme une note de musique dans une mélodie, puis je laisse sereinement la place à la prochaine note.

Présentation de livre (2) : « Pensées » de Marc Aurèle

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. Les Pensées de l’empereur philosophe Marc Aurèle sont caractérisées par la volonté de leur auteur d’avoir l’esprit fort et serein, toujours combatif, en toutes circonstances. Il faut qu’il soit toujours apte à assumer ses devoirs sociaux qui sont en même temps les devoirs que lui propose la Providence. Ainsi, la vie « ressemble à un combat de lutte ». Et elle passe rapidement, tout s’écoule, tout coule … Tout s’évanouit, tout disparaît à la fin … Voilà pourquoi il faut faire un sage usage de son temps. Et considérer les plaisirs qui attirent nos « sollicitations corporelles » avec mépris et dédain, afin de s’élever au-dessus d’eux, d’être libre, de toute flatterie également ainsi que de toute critique issue de l’ »hegemonikon » d’autrui. La pensée de la mort revient sans cesse pour rappeler à l’âme qu’elle ne doit pas s’imprégner de pensées futiles et basses, les accidents du dehors ? L’âme doit être impassible vis-à-vis d’eux, et toujours jouir de sa vertu, afin d’être imperturbable face aux coups du sort. D’ailleurs, si des accidents perturbaient trop l’âme, elle pourrait elle-même se donner sa fin ultime. « De la fumée ? Je m’en vais. »

. Marc Aurèle rappelle également les pouvoirs qu’a l’esprit humain, qui est une parcelle du dieu omniscient : il peut choisir à son gré son opinion, la modifier quand il veut, puisque c’est elle la source de ses troubles, et surtout l’esprit a la capacité d’être indifférent, impassible vis-à-vis de son passé, de son futur, afin de se concentrer exclusivement sur le moment présent. L’homme est un être sociable, son cadre est social et sa finalité l’est également. La méditation doit lui servir à mieux supporter ses relations sociales, à en faire meilleur usage, à éviter avec « bienveillance » les personnes apparemment nuisibles et à fréquenter des modèles de sagesse. Sérénité est le mot d’ordre, ou plutôt « ataraxia », qui signifie « absence de troubles » : en effet, le sage se doit, d’après la pensée stoïcienne, de se mettre à l’abri des coups du sort afin de rester droit, actif, combatif, même sous la tempête, jusqu’à sa mort. Ou bien il y a « un Dieu, et tout est pour le mieux », ou bien « tout va au hasard. Dans ce dernier cas, ne te laisse pas toi-même aller au hasard ». Le monde est ou bien un chaos, et croire cela serait insensé, ou bien un ordre déterminé par une Intelligence supérieure, ce qui est beaucoup plus probable, sinon qu’ai-je à faire ici à part me préparer à mourir ? Ainsi donc, il n’y a pas à se troubler puisque tout est déjà prévu dans les fils de la destinée, je ne puis changer mon destin, mais uniquement mon hegemonikon, qui ne doit être celui ni d’un tyran, ni d’un faible, ni d’un esclave, mais celle d’un homme de bien, et plutôt que de parler de ce que doit être l’homme de bien, mieux vaut commencer à l’être enfin.

. Ainsi, les tremblements de terre, les trahisons, les guerres, les maladies graves, la peste, et toutes ces choses « indifférentes » ont été des matières pour que Marc Aurèle s’exerce à la vertu. Il a suivi sa nature et l’ordre de la Nature, mais son fils ne suivra pas le même chemin et deviendra un tyran. Et l’histoire se répète : comme de la cendre qui tombe de l’encens, cela arrivera, à la vitesse que cela prendra, cela n’a aucune importance, seul l’esprit peut se rendre libre dans cet ordre cosmique. Et s’il n’y arrive pas, c’est à lui-même qu’il se fera du mal, puisque le mal ne peut venir pour l’homme que de lui-même, étant donné que chacun a la capacité de suivre la nature universelle en acceptant, en voulant même, ce qui arrive ainsi que sa propre nature en l’accordant, en l’adaptant à la Nature. Notre nature est sociale et rationnelle, et la raison ne dit rien d’autre : les bienheureux suivent volontairement leur destin, les insensés s’en plaignent. Pourtant, au final, qu’est-ce que leurs plaintes changeront ? Nous nous retrouverons tous sous terre, et ce très bientôt, et cela n’est ni bien ni mal, ni terrible, ni superbe, mais c’est un fait, et ce rappel peut avoir des effets bénéfiques comme celui de modifier notre attitude envers la vie en considérant ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas… Une invitation à ne pas tout prendre au sérieux donc, et à revaloriser ce qui a de la valeur en méprisant ce qui n’en n’a au fond, aucune … Le sage ne reste pas dans un temple à méditer ici, il trouve une retraite en son âme au moment qu’il le souhaite, que ce soit avant ou après la bataille par exemple, en exerçant ses fonctions d’empereur ou d’autres, puisque beaucoup de ses inspirations sont issues des leçons d’Epictète, un esclave affranchi et maître en philosophie stoïcienne décédé un peu plus tôt. Le but de ces deux philosophes étant de vivre de la meilleure des manières, d’une manière qui sied à ce que nous sommes, pour mourir « véritablement apaisé, le coeur plein de gratitude envers la divinité ».

Pratique stoïcienne (3) Donner peu d’importance aux choses de peu d’importance (biens illusoires et véritables biens)

  • maxresdefault.jpgDans le courant de l’école philosophique stoïcienne, on considère le bien ultime comme une qualité de l’esprit permanente, une disposition doublée d’une habitude : l’excellence intérieure. (arêté en grec, traduit parfois par « vertu »). C’est la seule chose, d’après eux, qui est nécessaire au bonheur, à une vie épanouie. Cette excellence est à la fois une et multiple : les Stoïciens en distinguent, à la suite de Platon, 4 fondamentales : Justice, Tempérance, Courage et Sagesse. Toutes les autres découlent de celles-ci. Ils vont jusqu’à dire que c’est le seul véritable bien et que le reste est secondaire, de peu d’importance (« indifférent », adiaphoron en grec)
  • Cela implique que l’Homme est la plupart du temps dans l’illusion, « insensé » : il considère la richesse, les biens matériels, les plaisirs corporels, la beauté, en un mot tout ce qui dépend de l’aléatoire, comme des véritables biens. Marc Aurèle donne une critique de cette illusion dans ses Pensées pour moi-même (Livre V, p41) : « Quelle est la nature de ce que le vulgaire prend pour des biens, tu peux par ceci t’en rendre compte. Si un homme conçoit certaines choses données comme étant de vrais biens, par exemple la sagesse, la tempérance, le courage, une fois qu’il les aura ainsi conçues, il ne pourra plus entendre ces vers : « Il a tant de choses … » Ce trait sonnerait faux. Mais s’il conçoit comme biens ce que la foule regarde comme tels, il pourra entendre et facilement accepter, comme dit à propos, ce mot du comique. La foule aussi se fait la même idée de cette différence. Dans le premier cas, en effet, ce vers la choquerait et en serait rejeté, tandis que, s’il s’agit de la richesse et des heureux avantages qui assurent une vie luxueuse ou la célébrité, nous l’admettons comme exact et bien dit. Poursuis donc et demande-toi s’il faut estimer et envisager comme des biens ces choses qui, si on les considérait proprement, amèneraient leur possesseur à un tel état de magnificence « qu’il ne saurait plus où aller à la selle ! ». Ainsi ce que l’on considère comme des biens n’en sont pas et c’est cette considération, d’après les Stoïciens, qui est à la fois illusion et source de troubles. C’est donc plus exactement l’importance que l’on donne aux choses qui leur donne un pouvoir sur nous. Celui qui n’accorde une grande importance qu’à sa propre attitude morale face aux choses et non aux choses elles-mêmes par exemple, dépendra nécessairement moins des choses auxquelles il accordera moins d’importance : ainsi si quelqu’un considère la richesse comme secondaire, le plaisir comme secondaire, l’approbation des autres comme secondaire, il sera forcément moins troublé par la diminution ou l’augmentation de ces choses-là qui dépendent de l’aléatoire. Cependant s’il les considère comme secondaires et de peu d’importance par rapport à son comportement moral qu’il considère comme plus important, alors il ne sera pas obsédé par l’approbation d’autrui et donc ne sera pas esclave des autres. De plus, les véritables biens le rendront plus heureux : être plus sage, courageux, juste et tempérant/ordonné, n’est-ce pas un bien que l’on emporte partout avec nous ? Tandis que le reste est éphémère.
  • Epictète nous éclaire un peu plus sur cette théorie dans « les Entretiens » (édition Vrin, Livre III, ch.20 « Qu’il est possible de tirer avantage de toutes les choses extérieures ») : « La santé est-elle un bien, la maladie un mal ? -Non, homme. Qu’en est-il alors ? -Faire bon usage de la santé est un bien, en faire mauvais usage un mal. De sorte qu’il est possible de tirer avantage même de la maladie ? » Les choses, comme la santé, que l’on considère comme des biens, peuvent être nuisibles autant qu’utile selon l’usage que l’on en fait. Quelqu’un par exemple, peut être riche et faire un mauvais usage de son argent, et un autre pauvre, en fait un bon usage.  C’est uniquement la façon dont on fait usage des choses qui est bonne ou mauvaise.

Pratique stoïcienne (2) Méditation sur la mort (Memento Mori)

crâne

  • « Toute la vie n’est qu’un voyage vers la mort » (Sénèque) Nous sommes des êtres mortels. S’il y a une certitude que nous pouvons avoir dans la vie, c’est que nous allons mourir. Nous ne savons cependant pas exactement de quelle manière ni quand. Cependant, il est certain que cela va arriver. Beaucoup dans nos sociétés occidentales, préfèrent ne pas y penser : cela peut paraître angoissant. D’autres, par peur de mourir, se donnent la mort eux-mêmes. Enfin, d’autres préfèrent croire à des choses surnaturelles pour se rassurer vis-à-vis d’elle : ainsi, elle ne serait qu’un passage vers un au-delà meilleur. « Après la mort, il n’y a rien, et la mort elle-même n’est rien. » (Sénèque)
  • Les Stoïciens, quant à eux, visaient à se libérer de la crainte de la mort. La crainte de la mort est la source de tous les troubles, disait Epicure. Ainsi, Marc Aurèle se dit à lui-même : « la mort et la vie, la gloire et l’obscurité, la douleur et le plaisir, la richesse et la pauvreté, toutes ces choses échoient également aux bons et
    aux méchants, sans être par elles-mêmes ni belles ni laides . Elles ne sont donc ni des biens ni des maux. » (Pensées pour moi-même, Livre II, XII) Comme nous l’avons vu dans un article précédent (Théorie et pratique stoïcienne (3) L’éthique stoïcienne : la tranquillité de l’âme), la mort compte parmi les « choses indifférentes » dans l’éthique stoïcienne. En effet, elle n’est ni à considérer comme bonne, ni comme mauvaise. Elle est un phénomène naturel nécessaire à l’ordre du monde, une loi naturelle en tout cas.
  • « Memento mori » est la formule latine signifiant « Rappelle-toi que tu vas mourir. » Elle était parfois répétée à certains généraux romains de l’Antiquité par leurs esclaves, car ils voulaient se la rappeler. Ce rappel peut avoir des vertus « thérapeutiques » (au sens philosophique) sur l’âme et ses passions. Il peut nous rendre plus lucides sur notre attitude, sur nous-mêmes. Ainsi Epictète nous invite à avoir devant les yeux chaque jour la mort, pour n’avoir « aucune pensée basse ni aucun désir excessif » (Manuel d’Epictète). Plus de lucidité donc, et moins de folie dans nos choix.
  • Ce rappel ou cette « méditation » sur la mort, permet surtout de nous rendre compte, de prendre conscience, du peu d’importance de ce qui peut nous troubler dans la vie. On peut stresser, être anxieux pour un tas de choses insignifiantes au regard de la réalité : nous allons mourir. Et ainsi, l’on peut voir ce qui nous troublait comme beaucoup moins important qu’on ne le croyait. Avoir une plus grande conscience de notre mortalité permet d’être plus apaisé, de faire des actions plus justes également.
  • « Une vie malheureuse est plus insupportable que la mort. » (Sénèque) Et c’est là l’effet le plus grand du « Memento mori » : la mort n’est pas insupportable, qu’est-ce donc qui peut nous troubler alors ? L’on peut alors vivre une vie plus heureuse et plus épanouie, en ayant conscience de la mort, en y étant indifférent, car lorsqu’elle n’est pas là nous sommes vivants, et quand elle est là, nous ne sommes plus.
  • Cela peut nous rendre plus sereins, plus apaisés, car celui qui est en paix vis-à-vis de sa propre mort, que peut-il encore craindre ? Enfin, comme le dit un texte de Sénèque, l’homme qui va mourir change d’attitude : il veut faire de bonnes choses avant de mourir, sans espoir de récompense puisqu’il va mourir. Ainsi, peut-être que c’est l’inconscience qui nous fait de temps à autre mal agir.
  • Enfin, prendre conscience de la mortalité des gens qui nous sont proches et des autres, permet aussi de changer, en bien, nos priorités. Sur ce que l’on veut faire avant notre mort et avant la leur, cela peut renforcer la compassion que l’on a envers eux ou la faire naître. Cela permet, de relativiser les événements, de les mettre sous la perspective de la conscience que toute chose est éphémère, de toutes façons.

: Présentation de livre (1) « Ethique du samouraï moderne » de Patrice Franceschi

Ethique

  • Dans ce livre de 180 pages composé de brefs paragraphes divisés en cinq livres de Patrice Franceschi, écrivain fortement influencé par la philosophie stoïcienne et le monde des arts martiaux, nous est raconté, en appendice, une légende sur un maître japonais, mort en 2010, appartenant à une lignée de samouraïs. Cet ouvrage serait le fruit de son écriture, de sa pensée, qui est une vision tragique des temps présents et à venir, dans un ton prophétique.
  • Ce maître japonais; Toshiro Isogushi, fils d’un samouraï qui fut le premier à s’engager sur la voie de la modernité, prêche ses enseignements dans un dojo. Il cite son père, samouraï donc, et son ami, un certain Phillippidès, « disciple des Grecs » que l’on peut voir comme un héritier de la philosophie grecque. L’on peut voir là une alliance entre la sagesse ancestrale des arts martiaux asiatiques et la sagesse ancestrale de la philosophie grecque, qui auraient toutes deux des choses à nous dire pour nous éclairer dans le chaos du monde actuel.
  • Une forte influence/inspiration stoïcienne : l’auteur a étudié les Stoïciens à l’Université de la Sorbonne et on le remarque : le style peut faire penser à celui d’Arrien, disciple d’Epictète. Le fond également : « Le bien et le mal sont dans la seule volonté » (propos 90), « Quand vous aurez donné la préférence aux biens immatériels de l’esprit – ceux que nul ne peut vous arracher – plutôt qu’aux biens matériels du corps – ceux que l’on peut vous ôter à tout instant – qu’arrivera-t-il ? Vous serez invincibles. » (propos 110) On retrouve aussi du Marc Aurèle : « Portez une attention constante à votre forteresse intérieure. Son invulnérabilité aux coups du monde extérieur ne dépend que de vous … » (propos 99)
  • Un point de vue sur le monde actuel :  » … il est juste de mettre le nom de « criminels » sur ceux qui volent le temps de leurs semblables » ( propos 97), « la vie est tragique et (…) le monde vit dans le mensonge. » (propos 91), « ne fais pas comme les grands esprits qui dissertent leur vie entière sur le bien et le mal et que l’on voit rarement accomplir le premier et éviter le second. » (propos 88), critique de la tendance à vouloir « vivre seulement dans le présent », critique de ceux qui prétendent que « tout ce qui est nouveau est meilleur que ce qui est ancien. » (propos 80) et autres points de vue, plus politiques, sur la liberté, la défense de la langue, l’insoumission.
  • Un ouvrage de Stoïcisme contemporain : une réaction au nihilisme contemporain, une invitation à l’autonomie morale et intellectuelle dans un monde en proie au chaos, une vision tragique de l’avenir, une invitation à se prendre en main, à s’engager pour ce qui compte réellement, un souci d’universalité et de démocratisation du savoir, des sentences parfois crues et sèches à la manière des diatribes d’Epictète, mais avec un ton pédagogique et invitant à la tempérance.

Lien vers le livre :

 » target= »_blank » rel= »noopener »>L’éthique du samouraï moderne

Pratique stoïcienne (1) Dans les circonstances difficiles

Sénèqueee

  • « C’est pendant l’orage qu’on connaît le pilote. » Cette citation, issue du traité « De la Providence » de Sénèque, résume l’esprit de la pensée stoïcienne : rester imperturbable même dans des circonstances éprouvantes. C’est pourquoi il dit que Dieu ne nous punit pas, lorsque nous sommes dans des circonstances difficiles : Il nous éprouve pour que nous grandissons. Peu importe que nous soyons croyants ou non, ce qui est à souligner ici, c’est que nous pouvons adopter un regard différent vis-à-vis des difficultés que nous rencontrons dans notre existence. Elles sont, non pas des choses auxquelles nous devons nous dire « Mais qu’ai-je donc fait pour mériter ça ? » mais plutôt des épreuves pour nous faire grandir. Nous pouvons en effet nous élever au-dessus d’elles en les considérant comme ce qu’elles sont : des moyens pour nous fortifier. Et quel plus grand bien existe-t-il pour l’âme, que d’être plus forte, plus impassible, plus vaillante ? Ces situations, que nous voyions comme des maux, comme des choses déplorables, nous pouvons vis-à-vis d’elles porter un autre regard : Sénèque mentionne à plusieurs reprises dans ses traités des métaphores militaires. Ainsi, c’est justement lors des circonstances difficiles dans la vie, que l’occasion est venue de prouver notre véritable valeur. C’est à ce moment là que l’on doit faire face, avec sérénité et courage.
  • Marc Aurèle en fait de même : « LXI. – L’art de vivre est plus semblable à celui de la lutte qu’à celui de la danse, en ce qu’il faut se tenir prêt et sans broncher, à parer aux coups directs et non prévus . » (Livre VII des Pensées) Ainsi, les arts martiaux de l’Antiquité romaine (la lutte notamment), que pratiquait Marc Aurèle, ont inspiré sa pensée : la vie peut être vue comme un combat : il faut prévoir d’avance les coups du hasard, endurer les difficultés présentes, se relever après être tombé, ne jamais reculer ni abandonner, toujours tenir sa garde.
  • Et encore : « XLIX. Ressembler au promontoire contre lequel incessamment se brisent les flots . Lui, reste debout et, autour de lui, viennent s’assoupir les gonflements de l’onde. » (Livre IV, Pensées) C’est à dire qu’il est possible d’adopter une attitude de maîtrise de soi et d’impassibilité vis-à-vis des situations pénibles, rester égal à soi-même lorsque le monde autour de nous court à sa ruine, comme, on pourrait le penser du monde actuel par exemple, et bien sûr selon notre situation. Marc Aurèle a fait face, durant son règne, à la trahison de l’un de ses généraux, aux tremblements de terre, à la peste, aux invasions barbares.
  • N’est-ce pas les assauts du vent, des tempêtes, des pluies, des orages, qui rendent l’arbre ferme et vigoureux ? N’est-ce pas les difficultés, les événements pénibles qui vous ont rendu plus fort aujourd’hui ? Ainsi, les événements ne sont que des occasions de nous rendre plus forts, à nous d’en tirer bénéfice. Un soldat, au début, va tomber, perdre, mais ce qui fait de lui un bon soldat, c’est sa manière de se relever à chaque fois : ainsi il sera plus aguerri pour les prochaines épreuves et sera de plus en plus fort, en fonction du regard qu’il porte sur les événements et de sa manière de les surmonter. Sénèque dira aussi que c’est dans les moments calmes qu’il faut se prémunir contre les prochaines tempêtes et que « Rien n’arrive au Sage contre son attente. » Il s’agira donc d’anticiper toutes les éventualités d’événements pénibles pour mieux leur faire face, en les considérant comme ceux qu’ils sont : des occasions de développer sa « virtus » (sa force d’âme).